Articles taggés ‘Nationalisme

29
sept
08

Conseil Général: Un plan ambitieux

Le Conseil Général du PLQ qui s’est achevé vers 12h est une réussite à tous les points de vue. Il m’était hélas impossible de vous écrire directement depuis le plancher. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas mauvais, car je ne trouve pas mon expérience de live-bloging très concluante… À vous d’en juger.

La matiné a débuté par un huis clos dont je ne vous parlerai pas du contenu pour des raisons évidentes. Ensuite, Alain Paquet et son groupe de réflexion sont venus nous faire part de l’état actuel de leurs travaux sur la productivité québécoise et la prospérité de notre province. Il n’y a pas encore de propositions concrètes sur la table, mais de bonnes orientations: encouragement de l’entreprenariat, amélioration de la mobilité de la main-d’oeuvre, concertation et collaboration plutôt que confrontation dans les milieux du travail, etc. Un seul point m’a moins plu, et bien que j’aie posé la question, je n’ai pas obtenu de réponse directe. On a en effet souligné, et avec justesse, que la fiscalité entrepreneuriale du Québec était l’une des plus compétitives au monde, sinon la première de classe. C’est donc dire que c’est au Québec (oui oui, devant les États-Unis ou l’Alberta, par exemple) qu’il coûte actuellement le moins cher de démarrer une entreprise, d’y investir et de la maintenir. Toutefois, un élément important de la réflexion à l’heure actuelle repose sur l’allégement de la réglementation de ce secteur et la construction d’une meilleure fiscalité. Or, si nous sommes les meilleurs, pourquoi vouloir encore faire plus? Le véritable enjeu ne serait-il pas plutôt de faire savoir aux gens que c’est ici, et non comme on le pense souvent chez nos voisins du sud, qu’il est le plus intéressant de venir faire des affaires? J’ai senti là une pointe purement idéologique que je m’explique moins, et d’autres militants m’ont confié être d’accord avec moi à ce sujet. Il faudra voir les résolutions finales qui seront proposées par le groupe de travail.

Le véritable point d’orgue du Conseil a indubitablement été la très solide présentation finale de Jean Charest. Il nous a fait une présentation complète, bien structurée et visuellement impressionnante de son Plan Nord. Préparez-vous, amis blogueurs: vous entendrez parler très souvent de ce projet aux implications nombreuses et colossales. Développement des infrastructures nordiques, amélioration des conditions de vie des populations autochtones, exploitation des gigantesques ressources minières contenues dans le ventre du Nunavik, augmentation de notre capacité énergétique, protection de la faune et de la flore, mise en valeur du potentiel récréo-touristique et occupation du territoire se rejoignent dans cet ambitieux plan qui constitue une nouvelle Baie James. Jean Charest met sur la table la seconde phase du développement du Nord québécois, que l’on attendait depuis longtemps, à un moment où les ressources qui s’y trouvent sont plus en demande que jamais. Comme je crois tous les militants présents au Conseil Général, j’ai été conquis par le projet et je m’en fais un défenseur.

À titre de Saguenéen, d’ailleurs, je ne puis que me réjouir de cette annonce. La région du Saguenay-Lac-St-Jean pourrait en effet devenir un carrefour de toute l’activité économique qui se développera au nord du 49e parallèle grâce à ce plan. C’est une occasion en or de faire de Ville de Saguenay la capitale du nord par des actions audacieuses au plan des infrastructures et du développement entrepreneurial. Nous avons bien besoin de cet élan économique, qui achèverait de renverser la tendance démographique actuelle à laquelle nous sommes confrontés et permettrait de progresser vers une diversification de notre économie. Ce Conseil Général a d’ailleurs été le théâtre de bien bonnes nouvelles pour les libéraux de Jonquière, dont les prochains mois seront forts occupés et productifs, je vous l’assure! Nous sommes confiants d’être en mesure de reprendre le comté lors des prochaines élections générales.

Parlant d’élections, les médias ont semble-t-il déjà fait un travail exemplaire pour tenter de déformer la réalité et faire dire à Jean Charest ou son entourage que des élections étaient imminentes au palier provincial. Tout ce qui a été dit, c’est qu’il n’est jamais exclu qu’un gouvernement minoritaire soit défait par l’opposition à tout moment (ce qui n’est pour l’heure à l’avantage d’aucun des partis d’opposition). Jusqu’à présent, selon ce que j’ai vu et entendu au Conseil Général (y compris ce qui n’a pas été capté par les médias), n’espérez pas d’élections avant le temps des fêtes. Pour y aller de ma petite prédiction personnelle, qui ne se base sur aucun fait mais uniquement sur mon instinct et mon bon sens, il serait nettement plus probable que le peuple du Québec soit appelé aux urnes vers le mois d’avril ou de mai 2009. Il est clair cependant que la teneur des discours prononcés par les gens du parti a changé depuis peu. Notre bilan a été mis de l’avant auprès des militants, et le libre-échange avec l’Europe conjugué au Plan Nord pourraient bien constituer les piliers centraux de notre prochaine campagne électorale. Les accents nationalistes adoptés par Jean Charest ne sont eux non plus pas innocents, même s’ils me plaisent beaucoup. Je trouve simplement dommage, en tant que bon “trippeux” de la question constitutionnelle, que celle-ci soit reléguée à plus tard, quand le fruit finira enfin par mûrir!

24
juin
08

Bonne St-Jean-Baptiste

Que dire de plus en ce 24 juin… Ah, peut-être un petit souhait: essayez, cette année, de ne pas en faire une célébration de la souveraineté! Après tout, on a le droit d’être contre et de vouloir fêter quand même.

Et n’oublions pas: “Une nation est toujours ce qu’on sait la faire.” Napoléon

06
juin
08

Mon humble avis sur… la politique d’achat local

Cette semaine, Mario Dumont a ramené sur le tapis la question de la priorisation des produits québécois dans la consommation du gouvernement du Québec. Les arguments avancés en ce sens parlent de maintenir notre économie et encourager la redistribution de nos taxes à des gens d’ici par une politique d’achat ciblée, tout en créant de l’emploi. De l’autre côté du débat, Nathalie Elgrably-Levy de l’IEDM, dans son texte Xénophobie économique, soutient qu’il s’agit d’un réflexe économiquement idiot, susceptible de donner l’illusion à nos entreprises qu’elles sont rentables alors que dans les faits, sitôt les achats de l’État retirés pour une question ou une autre, elles ne sauront survivre à la concurrence internationale, n’ayant pas suivi au plan de la productivité et de la mise à niveau technologique. Alors, qui a raison, selon moi?

Personne et tout le monde à la fois. Mario Dumont a raison de dire que l’investissement local peut être bénéfique, et Nathalie Elgrably-Levy a raison de dire qu’une politique systématique allant dans ce sens constitue un danger éventuel de s’embourber. Pour une fois, donc, je prêcherai le laissez-faire. En effet, nous risquons fort, au cours des prochaines années, d’assister à un mouvement de consommation locale spontané, généré par la logique du marché.

Avec la hausse des prix du pétrole, il deviendra moins rentable de transporter des produits manufacturés depuis l’Asie, et ce, même si les travailleurs de là-bas acceptent des salaires plus bas qu’ici. En outre, il y a fort à parier pour que, au fur et à mesure que l’économie asiatique croîtra, une mouvance ouvrière apparaîtra, accompagnée d’agitation sociale. Le phénomène n’est pas difficile à prévoir; l’émergence du système capitaliste a été suivi du même effet dans les sociétés occidentales. À moins que les Chinois ne soient disposés à être maintenus dans la pauvreté indéfiniment, ou que leur lavage de cerveau archi-collectiviste soit si profondément ancré chez eux qu’ils soient prêts à mourir pour le nouveau système, on peut prévoir qu’ils finiront par revendiquer leurs droits. Si l’on se fie aux reportages de RDI sur la Chine, où de vieux Chinois mentionnent que la jeune génération a l’ambition de devenir riche, on peut soupçonner raisonnablement que cela se produira, et dans pas si longtemps. Combinez les prix des carburants, la hausse graduelle des salaires et une éventuelle législation environnementale plus serrée pour les transports longue-distance (espérons-la), et vous obtenez toutes les conditions pour que la consommation locale redevienne très intéressante, autant moralement qu’économiquement parlant.

Bref, je prône l’abstention de toute politique sur la question. Mon étude des faits me dicte que toutes les chances sont de notre côté pour que, tout en faisant concurrence à un marché international, nos produits plus basiques retrouvent des prix compétitifs. Il reste que nous devons encourager la productivité et la modernisation, voire une réorientation complète de notre économie vers la technologie, pour le jour où les carburants ne seront plus nécessairement un obstacle préoccupant au commerce international. Plutôt que des politiques d’achat, qui seront peut-être superflues en raison de la tendance actuelle, nous devrions plutôt consacrer notre énergie à ces questions cruciales pour notre avenir économique à moyen terme.

24
mai
08

Mon humble avis sur… la commission Bouchard-Taylor

Chose promise, chose due: voici mes réactions au rapport et à la commission Bouchard-Taylor. Merci d’avoir patienté, je désirais lire le rapport dans sa version abrégée avant de parler à travers mon chapeau.

Tout d’abord, je l’avouerai, je n’ai pas plus de mérite que Mario Dumont quant à la participation aux travaux de la commission. Je désirais me présenter à l’assemblée de ma région, mais il m’a été impossible de le faire à cause d’un conflit d’horaires. Toutefois, je considère ma faute bien moins grave que la sienne, car je suis bien loin de disposer, en tant que simple citoyen, d’autant de moyens de m’exprimer que le chef de l’ADQ. En effet, Mario Dumont, s’il ne désirait pas s’y rendre en personne, aurait très bien pu mandater quelqu’un pour représenter le parti, comme l’a fait le PLQ.

De l’utilité de la commission, en tout premier lieu: je partage tout à fait l’idée de messieurs Bouchard et Taylor à l’effet que l’exercice de consultation publique, bien que fastidieux sur le coup et probablement pas étranger à une certaine situation politique glissante pour le PLQ, a réellement eu l’effet d’un calmant pour l’hystérie collective qui s’était développée autour de la question des accommodements raisonnables. Cette crise, bien plus faite d’inflation verbale et de rumeurs que de faits tangibles et avérés, aurait en effet pu prendre un tournant nettement moins agréable; or, très heureusement, on a réussi à crever l’abcès et à discuter des enjeux liés à l’immigration de façon calme et posée. En ce sens, l’exercice aura valu la peine.

Je note ensuite une petite phrase au détour dans le rapport: “les immigrants et les membres des minorités ethniques n’ont rien eu à voir dans plusieurs affaires (le sapin de Noël à l’hôtel de ville, la pseudo-directive du Service de police de Montréal, le vote à visage voilé…)”. Cela traduit une autre chose que je pensais déjà, à savoir que nous sommes en partie responsables de notre malheur. À trop vouloir bien faire, nous nous sommes parfois enfargés dans les fleurs du tapis. Je me considère comme une personne ouverte et tolérante, qui désire voir les immigrants s’intégrer à la société pour leur bien et le nôtre. Toutefois, il faut éviter de tomber dans les théories du multiculturalisme à tout crin et accommoder des gens qui n’ont par ailleurs rien demandé. Cette attitude ne sert ni la majorité, ni les immigrants qui se retrouvent ensuite aux prises avec un ressentiment populaire injuste envers eux. Attendons au moins qu’un problème se présente avant d’en inventer!

Certains ont lu dans ce rapport un flagrant manque de justice face à la majorité québécoise de souche, théoriquement appelée à se plier à toutes sortes de demandes plus saugrenues les unes que les autres. Certes, les débats sur la nomenclature de tel ou tel groupe de citoyen sont relativement creux et peu utiles, d’autant plus qu’ils ne posaient pas nécessairement problèmes à la base (bien que je sois d’accord en ce qui a trait au fait que les seuls québécois de souche sont les amérindiens). Nonobstant ce fait, je relève plutôt dans ce rapport le maintien de certaines pratiques ne portant que peu, voire pas du tout à conséquence, comme le port du voile islamique (à distinguer de la burqa ou du hidjab), et l’affirmation de principes chers à la majorité. On ne saurait s’insurger et clamer que nous sommes exhortés à nous plier aux caprices des nouveaux arrivants lorsque le rapport consacre le caractère officiel et primordial de la langue française au Québec, l’héritage historique de la religion catholique dans notre nomenclature et notre paysage (pour ce qui est du crucifix, la question a été réglée unanimement à l’Assemblée) ou l’égalité homme-femme, point qui est maintes fois ressorti lors des consultations.

Je suis partisan de la laïcité de l’État et je ne m’en cacherai guère. Le principe de la séparation de l’Église et de l’État (des deux É) a été invoquée fort à point dans le rapport Bouchard-Taylor. L’État, institution garante du bien commun et représentative de la collectivité toute entière, ne saurait s’apparenter à une croyance particulière, à plus forte raison lorsque la majorité de la population qui lui donne sa légitimité n’est pas particulièrement praticante. Car, ne nous le cachons pas, les églises catholiques romaines sont vides. On aura beau dire que la majorité au Québec est catholique, il n’en demeure pas moins que dans les faits, elle est vastement laïque. Le modèle proposé par messieurs Bouchard et Taylor me semble viser juste, puisqu’il n’impose pas de contraintes aux citoyens privés, demandant uniquement aux représentants de l’autorité et de l’impartialité de l’État d’être neutres. J’aurais toutefois préféré que le rapport prône la neutralité des milieux de l’éducation quant aux symboles religieux.

L’opposition péquiste a déploré que le rapport ne traite aucunement du malaise identitaire. Pourtant, il y a une section entière consacrée uniquement à cette question (VII, A.)… Et qu’aurait-on voulu que le rapport nous dise? Qu’il nous propose la souveraineté, peut-être? Cela n’aurait strictement rien changé, puisque nous disposons déjà en pratique des pouvoirs en matière d’immigration et d’intégration et de toute la latitude requise pour la francisation des nouveaux arrivants. Il s’agit bel et bien d’un problème de mentalité au Québec: nous sommes trop craintifs et incertains face à notre propre avenir, et cela ne date pas d’hier. Résultat, nous avons tendance à opter pour une position de repli alors qu’il faudrait au contraire bomber le torse et nous affirmer tout en s’ouvrant sur le monde. Laissons derrière nous les épouvantails de l’assimilation; ce sont les attitudes défaitistes et hostiles qui représentent le plus grand danger pour notre nation, puisque cela pousse les immigrants à se braquer ou à préférer d’autres foyers d’intégration. Il en résulte des tensions qui ne servent personne. Mais ce n’est pas bien surprenant de la part de l’opposition, qui ne pouvait politiquement se permettre d’endosser le rapport au risque de s’aliéner une portion de l’électorat nationaliste. Qui a dit que seul le PLQ faisait des manoeuvres politiques dans le dossier?

Les grands conclusions que je retiens de ce rapport sont de trois ordres. Le premier, c’est d’utiliser notre gros bon sens, outil merveilleux remis par la nature à l’espèce humaine et que nous sommes si nombreux à réclamer de la part de nos politiciens ces temps-ci. Sur les questions d’accommodement et d’intégrations, rien ne vaut une conciliation entre individus et une discussion posée. Les tribunaux ne sont qu’un recours ultime et la décentralisation doit primer.

Le second, c’est de régionaliser l’immigration tout en intégrant les nouveaux arrivants économiquement parlant. Citation:

Un autre phénomène mérite d’être signalé : le nombre d’immigrants qui
s’établissent en région est en hausse depuis quelques années. Il s’agit
peut-être du début d’une tendance forte et celle-ci devrait être soutenue.

Je n’aurais pu mieux dire! Quelle meilleure façon d’intégrer les immigrants et de leur donner des emplois que de les envoyer dans des lieux propices aux contacts avec la majorité francophone, où les ghettos n’ont aucune chance d’émerger et où la demande de main-d’oeuvre qualifiée se fait de plus en plus sentir? Et partant, on devrait donner un grand coup pour reconnaître les diplômes étrangers de façon très large. Puisque pénurie il y a, on ne peut se permettre de cracher sur une telle manne de travailleurs, qui ne demandent par ailleurs qu’à contribuer. Cela permet de renverser le déclin démographique, de diminuer les tendances xénophobes ou même la simple méfiance et, surtout, d’améliorer la condition des immigrants. Nous sommes tous des êtres humains et avons le droit de prétendre à un meilleur sort, ne l’oublions jamais.

Troisièmement et dernièrement, établir un cadre général clair et net pour d’une part rassurer la population et d’autre part dire finalement ce vers quoi nous voulons tendre. La Constitution réclamée par l’opposition est un projet de par trop vaste pour la question qui nous intéresse; un simple texte de principes interprétatifs, ne faisant pas office de document constitutionnel, ferait très bien l’affaire. On pourrait penser à l’intégrer à notre charte québécoise. Les libéraux ont déjà commencé à le faire avec l’application égale des droits aux hommes et aux femmes.

Bref, dans sa grande majorité, je suis d’accord avec le rapport Bouchard-Taylor. Je me demande ce qu’on aurait voulu d’autre, pour être tout à fait honnête… Des mesures d’assimilation? Des bouleversements politiques? Une fermeture des frontières? Un fixisme culturel qui ne serait même pas atteint si l’on mettait tous les immigrants dehors demain matin? Les changements de notre société se font tant de l’intérieur que de l’extérieur, et vouloir la préserver dans son état premier relève de la plus grande utopie. Mon message en est donc un d’acceptation, d’ouverture, de gros bon sens et surtout, de calme rationnel devant la question de l’immigration et des accommodements raisonnables.

20
mai
08

Néo-nationalisation, vous connaissez?

J’ai déjà fait allusion au concept de néo-nationalisation dans la chronique “Mon humble avis sur…” au chapitre des ressources naturelles. L’appellation, de mon crû, fait référence à un concept qui s’est déployé peu à peu lors du Forum Étudiant 2008, auquel j’ai participé. J’étais membre de la première commission parlementaire (dont vous pouvez d’ailleurs visionner tous les travaux ici pour la première soirée et ici pour le lendemain matin, après une âpre et très mouvementée nuit de discussions entre le gouvernement et l’opposition officielle) qui traitait d’un projet de loi sur la nationalisation pure et simple des secteurs forestiers, éoliens et hydriques dans la province de Québec. Ce projet de loi, présenté par le gouvernement social-démocrate, ne pouvait évidemment pas convenir à la formation à laquelle j’appartenais, d’inspiration plus libérale, mais ayant néanmoins fini par s’orienter vers une forme de nationalisme économique. Au fil des discussions, cherchant à voir où nous pourrions adoucir le projet de loi et le rendre plus conforme aux idéaux économiques de notre formation (à noter que lors de cette simulation parlementaire, l’idéologie générale est imposée, puis les participants la précisent), le concept de néo-nationalisation a émergé. Il a ensuite été pleinement intégré au projet de loi, malgré de houleux débats sur la question loin des caméras. Un observateur externe m’a par la suite confié qu’il croyait que ce concept pourrait avoir beaucoup d’avenir dans certains secteurs à moyen ou long terme.

Voici de quoi il s’agit. Je prendrai pour les besoins de la cause des citations directes de projet de loi, qui appliquait la néo-nationalisation à l’industrie forestière et éolienne. Voici ce que le projet de loi de base spécifiait:

8. La Société possède le pouvoir de conclure tout acte juridique dans l’accomplissement de sa mission, notamment acquérir, à l’amiable ou par expropriation, tout bien qu’elle juge nécessaire à la saine gestion des ressources naturelles du Québec.

 

(La Société en question est l’organisme qui était chargé d’exploiter les ressources naturelles nationalisées) Par la suite, les négociations et débats ont permis d’ajouter les lignes suivantes:

9. Les entreprises du secteur forestier et celles du secteur éolien peuvent se soustraire à la mesure prévue à l’article 8 si elles prouvent qu’elles sont aptes à respecter l’application des normes exigées par la Société.

10. Les entreprises acquises par la Société pourront être subséquemment achetées par une entreprise ayant un établissement au Québec si cette entreprise s’engage à respecter les normes exigées ainsi qu’à faire un plan de mise à niveau et d’exploitation pour se conformer aux idées et principes de la Société.

11. Les entreprises qui n’ont pas été acquises par la Société doivent établir un plan d’exploitation approuvé par la Société qui prévoit l’exploitation au Québec des activités de distribution et de mise en marché.

C’est là que la nationalisation banale devient néo-nationalisation. Il s’agit réellement de se réapproprier collectivement les ressources naturelles. Au lieu de tout confier à l’État, on permet aux entrepreneurs québécois de racheter une portion de l’exploitation des ressources, mais à certaines conditions strictes. Bref, non seulement rapatrions-nous l’activité économique, mais également, en tant que propriétaires des ressources naturelles, nous nous assurons que les locataires de ces ressources respectent certaines règles bien précises, dans ce cas-ci émises par la Société et basées sur des principes de développement durable stricts, autrement l’entreprise est exclue du marché et renationalisée. En outre, les entreprises déjà en place peuvent se soustraire à la mesure, mais uniquement si elles s’adaptent au nouveau contrat proposé et établissent de façon durable leurs activités au Québec. C’est donc un tout nouveau contrat social fondé autour des ressources naturelles, et qui n’est pas cantonné au simple rachat de toute entreprise à la faveur d’un monopole d’État, tout en assurant le contrôle de la population sur ce qui lui appartient.
À mon avis, cette formule pourrait très bien s’appliquer au secteur hydrique, et éventuellement, à moyen ou long terme, à l’éolien. Quant à la forêt, il serait plutôt risquer de s’embarquer dans le bateau d’une acquisition étatique de cette industrie, peu importe sa forme. Reste que le concept m’a également séduit… Qu’en pensez-vous?
20
mai
08

Bouchard-Taylor: n’anticipons pas

Comme à peu près tout le monde, j’ai entendu les “fuites” sur le contenu du rapport Bouchard-Taylor. Si c’est là l’essentiel du contenu du rapport, je dois dire que je suis fortement déçu, quoique pas surpris. Pour l’ouverture, je crois que nous ne sommes pas si mauvais (il y a place à l’amélioration, mais pas n’importe comment; il faudra voir ce que les commissaires entendent par là). Pour l’anglais, je prône le bilinguisme, mais à titre personnel et volontaire, pas sur ordre de commissaires dont ce n’était pas le mandat (en plus!). Il serait mal venu de rejeter l’héritage de la loi 101 et de se lancer, encore une fois, dans du tripotage linguistique. Et si je dis prévisible, c’est que le parti pris de messieurs Bouchard et Taylor transpirait un brin pendant les consultations.

On ne peut pas toutefois réagir en ce moment. D’une part, le rapport n’a pas encore été publié; que sait-on du reste des grandes lignes déterrées par les commissaires? On n’a aucune idée, en outre, des moyens concrets proposés dans ce document. D’autre part, la publication dans les médias a été déclenchée et orchestrée par The Gazette, dont le lectorat, le point de vue et les objectifs ont probablement orienté les passages retenus et la façon d’annoncer les choses. En effet, pour les lecteurs anglophones de ce journal, c’est une très bonne nouvelle que l’on demande aux québécois de parler plus anglais, alors qu’il s’agit peut-être d’un point marginal dans le rapport, ou encore déformé dans la “fuite”.

Pour ma part, je préfère donc attendre le dépôt avant de faire mes commentaires, mais soyez sans craintes… Il y en aura certainement.

04
fév
08

La langue au programme libéral

Voilà une preuve que le PLQ aussi se préoccupe de la langue, n’en déplaise aux mauvais esprits qui répètent ad nauseam que seul le Parti Québécois peut la sauver. D’ailleurs, le Parti Libéral du Québec s’est toujours soucié du français, mais sans adopter le genre d’attitude affolée chère aux supposés nationalistes.

Les quelques idées du groupe de travail sur l’identité citées dans l’article semblent intéressantes. Toutefois, il est difficile d’en dire beaucoup plus avant d’avoir pu lire entièrement les propositions formulées à la suite de la consultation non-partisanne menée par le Parti Libéral du Québec ces derniers mois. Je doute fort qu’il soit question de limiter le nombre d’immigrants acceptés dans notre province, comme le voudrait tant l’opposition, ou de demander aux employeurs de payer des salariés à apprendre une langue à la mode solidaire… Et les mesures avancées ne proviendront pas de réactions à chaud à une nouvelle étude dite “négative”.

Je serai moi-même au Congrès des Membres de mars 2008 et j’ai bien hâte de voir quelles suggestions nous feront les groupes de travail, y compris sur la langue. Je vous en dirai plus alors…

26
jan
08

Le Québec en péril

Non, je ne vais pas vous parler de nos tourments linguistiques ou des pressions douteuses de l’opposition pour débattre du nombre d’immigrants à accueillir au Québec. Je quitte le gouvernement pour me pencher sur la population du Québec, plus particulièrement les fameux “purs laine” qui m’inquiètent beaucoup. J’en suis à me demander si le plus grand danger pour le Québec n’est pas nous-mêmes.

Quand je lis les commentaires sur un article d’André Pratte sur la langue ou encore le très, très édifiant débat sur la neutralité de l’article qui concerne le Québec sur Wikipédia, ainsi que certaines réponses sur la langue sur le blog de Patrice Lagacé, je ne peux m’empêcher d’avoir le tournis. Nous sommes en train de monter une campagne d’auto-salissage en tenant des propos carrément déplacés et en défendant des positions insoutenables sur la question de l’identité québécoise en péril, le tout sous prétexte de nous protéger culturellement. Ce genre d’attitude est sans doute ce qui fait le plus de tort au Québec. Je m’accroche à l’idée que les opinions extrêmes sur la langue demeurent minoritaires et que la majorité reste raisonnable. Pourquoi les personnes qui disent vouloir défendre le Québec bec et ongle sont-elles celles qui sont les plus empressées de montrer nos mauvais côtés?

17
jan
08

Qui est vraiment nationaliste?

Je crois que l’on peut raisonnablement se pencher sur la question après les “subtiles” stratégies éructées récemment par le PQ pour faire la souveraineté sans pour autant en avoir eu le mandat.

Vous pouvez lire, dans ma présentation personnelle, que je suis un nationaliste modéré. Un premier holà surgit déjà: oui, je suis fédéraliste ET nationaliste. Ce second terme n’est pas et n’a jamais été synonyme de souverainiste, et je vois mal pourquoi ce serait le cas. Le nationaliste est avant tout soucieux de faire progresser son peuple vers la prospérité, le développement et la bonne entente, ainsi que de défendre son héritage culturel et historique. Pas besoin d’être souverainiste (ou séparatiste, ou indépendantiste, ou peu importe, puisqu’en bout de ligne le résultat est identique) pour y arriver.

À voir l’air d’aller du PQ ces derniers temps, je crois que c’est probablement le plus anti-nationaliste de tous les partis du Québec. Non contents d’ignorer la voix de la nation québécoise sur leur projet, en admettant directement qu’un référendum serait perdant mais qu’ils réaliseront leurs plans de toute manière, les péquistes poussent la farce plus loin encore en voulant sciemment bousiller les relations entre le Canada et le Québec, le tout sans aucune considération pour les impacts économiques, politiques et sociaux d’une conduite aussi irresponsable. Même si par hasard la souveraineté se réalisait, le Québec aurait tout intérêt à rester en bons termes avec Ottawa, car notre territoire ne se mettra pas à dériver vers l’Europe par l’action du Saint-Esprit: nous aurions toujours des relations commerciales serrées avec nos voisins. Pire encore, les fameux “gestes de souveraineté” ne conduiraient même pas à une indépendance effective, ce qui augurerait bien mal pour la suite des choses (blocage complet de toute discussion bilatérale, poursuites, agitation sociale et j’en passe) et nous enlèverait toute possibilité de renégocier par la suite. Le fragile équilibre de bonnes relations établies entre le fédéral et le Québec serait rompu avec de bien minces chances de rétablissement.

Par opposition, les libéraux nous parlent de développement économique et d’avenir. Ils veulent que la province aille de l’avant, qu’elle conclue de nouvelles ententes, qu’elle parte à la conquête de marchés supplémentaires pour éviter de trop s’embourber dans la crise américaine. Le PLQ est soucieux de s’entendre avec Ottawa et avec les autres provinces. Enfin, bien autant que les deux autres partis, les libéraux veulent que notre culture s’épanouisse et s’étende. Je suis intimement convaincu que c’est une conduite un million de fois plus nationaliste et bénéfique pour le Québec que celle du PQ. Un nationalisme économique, une conscience culturelle et un souci de bonne entente: voilà ce qu’il nous faut.

J’espère que certaines voix s’élèveront au PQ pour le rappeler à sa chef et ses collaborateurs avant que la gaffe ne soit irréparable.

16
jan
08

"Restes de souveraineté"

Question: Pourquoi Pauline Marois veut-elle poser des gestes de souveraineté une fois au pouvoir? Réponse: Parce que le PQ est peut-être en train de comprendre qu’ils ne pourra jamais réussir à mener son projet à bien loyalement.

Les peuples ont droit à l’auto-détermination. L’ONU l’a dit et la majorité des gens sont d’accord là-dessus, moi y compris. Mais dans auto-détermination, il y a le droit sous-entendu de ne pas vouloir être souverain. Là, ce n’est pas le Canada qui bafoue les droits de la nation québécoise, mais le Parti Québécois. Cette formation politique est en train de suivre la voie royale de la disparition et/ou des parties sombres de l’histoire humaine: une radicalisation, qui est suivie soit d’une marginalisation, soit d’une hystérie collective. René Lévesque était un grand démocrate et j’ai beaucoup de respect pour lui. Il a eu le courage de poser la question à la population sur son projet, et il a eu une réponse majoritaire claire. C’est ce qui a suivi au PQ qui est nettement moins glorieux.

Le choix de la voie référendaire relevait à la fois de la stratégie politique et du respect de valeurs démocratiques fondamentales. Le PQ a fait énormément d’efforts pour se présenter comme un parti qui pouvait diriger la province sans la séparer du Canada, à moins d’en avoir reçu un mandat majoritaire par la population lors d’un référendum. Pauline Marois et ses éminences grises sont en train de détruire tout cela à grand coup de masse et le PQ s’en mordra les doigts.

Remarquez, ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre…




Note: Les articles d'Alexis St-Gelais ne traduisent pas les positions officielles du PLQ ni celles de ses instances et les déclarations qui y figurent ne traduisent que les opinions personnelles de l'auteur.

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L’ancien “À mon humble avis”

De janvier à août 2008, une première version de "À mon humble avis", sous la seule plume d'Alexis St-Gelais, a joué le rôle de précurseure de celle-ci sur Blogger. Ainsi, tous les articles du 23 août 2008 et ceux qui précèdent ont été importés depuis l'ancien blogue, avec les commentaires originaux; n'hésitez pas à les consulter!

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