Chose promise, chose due: voici mes réactions au rapport et à la commission Bouchard-Taylor. Merci d’avoir patienté, je désirais lire le rapport dans sa version abrégée avant de parler à travers mon chapeau.
Tout d’abord, je l’avouerai, je n’ai pas plus de mérite que Mario Dumont quant à la participation aux travaux de la commission. Je désirais me présenter à l’assemblée de ma région, mais il m’a été impossible de le faire à cause d’un conflit d’horaires. Toutefois, je considère ma faute bien moins grave que la sienne, car je suis bien loin de disposer, en tant que simple citoyen, d’autant de moyens de m’exprimer que le chef de l’ADQ. En effet, Mario Dumont, s’il ne désirait pas s’y rendre en personne, aurait très bien pu mandater quelqu’un pour représenter le parti, comme l’a fait le PLQ.
De l’utilité de la commission, en tout premier lieu: je partage tout à fait l’idée de messieurs Bouchard et Taylor à l’effet que l’exercice de consultation publique, bien que fastidieux sur le coup et probablement pas étranger à une certaine situation politique glissante pour le PLQ, a réellement eu l’effet d’un calmant pour l’hystérie collective qui s’était développée autour de la question des accommodements raisonnables. Cette crise, bien plus faite d’inflation verbale et de rumeurs que de faits tangibles et avérés, aurait en effet pu prendre un tournant nettement moins agréable; or, très heureusement, on a réussi à crever l’abcès et à discuter des enjeux liés à l’immigration de façon calme et posée. En ce sens, l’exercice aura valu la peine.
Je note ensuite une petite phrase au détour dans le rapport: “les immigrants et les membres des minorités ethniques n’ont rien eu à voir dans plusieurs affaires (le sapin de Noël à l’hôtel de ville, la pseudo-directive du Service de police de Montréal, le vote à visage voilé…)”. Cela tr
aduit une autre chose que je pensais déjà, à savoir que nous sommes en partie responsables de notre malheur. À trop vouloir bien faire, nous nous sommes parfois enfargés dans les fleurs du tapis. Je me considère comme une personne ouverte et tolérante, qui désire voir les immigrants s’intégrer à la société pour leur bien et le nôtre. Toutefois, il faut éviter de tomber dans les théories du multiculturalisme à tout crin et accommoder des gens qui n’ont par ailleurs rien demandé. Cette attitude ne sert ni la majorité, ni les immigrants qui se retrouvent ensuite aux prises avec un ressentiment populaire injuste envers eux. Attendons au moins qu’un problème se présente avant d’en inventer!
Certains ont lu dans ce rapport un flagrant manque de justice face à la majorité québécoise de souche, théoriquement appelée à se plier à toutes sortes de demandes plus saugrenues les unes que les autres. Certes, les débats sur la nomenclature de tel ou tel groupe de citoyen sont relativement creux et peu utiles, d’autant plus qu’ils ne posaient pas nécessairement problèmes à la base (bien que je sois d’accord en ce qui a trait au fait que les seuls québécois de souche sont les amérindiens). Nonobstant ce fait, je relève plutôt dans ce rapport le maintien de certaines pratiques ne portant que peu, voire pas du tout à conséquence, comme le port du voile islamique (à distinguer de la burqa ou du hidjab), et l’affirmation de principes chers à la majorité. On ne saurait s’insurger et clamer que nous sommes exhortés à nous plier aux caprices des nouveaux arrivants lorsque le rapport consacre le caractère officiel et primordial de la langue française au Québec, l’héritage historique de la religion catholique dans notre nomenclature et notre paysage (pour ce qui est du crucifix, la question a été réglée unanimement à l’Assemblée) ou l’égalité homme-femme, point qui est maintes fois ressorti lors des consultations.
Je suis partisan de la laïcité de l’État et je ne m’en cacherai guère. Le principe de la séparation de l’Église et de l’État (des deux É) a été invoquée fort à point dans le rapport Bouchard-Taylor. L’État, institution garante du bien commun et représentative de la collectivité toute entière, ne saurait s’apparenter à une croyance particulière, à plus forte raison lorsque la majorité de la population qui lui donne sa légitimité n’est pas particulièrement praticante. Car, ne nous le cachons pas, les églises catholiques romaines sont vides. On aura beau dire que la majorité au Québec est catholique, il n’en demeure pas moins que dans les faits, elle est vastement laïque. Le modèle proposé par messieurs Bouchard et Taylor me semble viser juste, puisqu’il n’impose pas de contraintes aux citoyens privés, demandant uniquement aux représentants de l’autorité et de l’impartialité de l’État d’être neutres. J’aurais toutefois préféré que le rapport prône la neutralité des milieux de l’éducation quant aux symboles religieux.
L’opposition péquiste a déploré que le rapport ne traite aucunement du malaise identitaire. Pourtant, il y a une section entière consacrée uniquement à cette question (VII, A.)… Et qu’aurait-on voulu que le rapport nous dise? Qu’il nous propose la souveraineté, peut-être? Cela n’aurait strictement rien changé, puisque nous disposons déjà en pratique des pouvoirs en matière d’immigration et d’intégration et de toute la latitude requise pour la francisation des nouveaux arrivants. Il s’agit bel et bien d’un problème de mentalité au Québec: nous sommes trop craintifs et incertains face à notre propre avenir, et cela ne date pas d’hier. Résultat, nous avons tendance à opter pour une position de repli alors qu’il faudrait au contraire bomber le torse et nous affirmer tout en s’ouvrant sur le monde. Laissons derrière nous les épouvantails de l’assimilation; ce sont les attitudes défaitistes et hostiles qui représentent le plus grand danger pour notre nation, puisque cela pousse les immigrants à se braquer ou à préférer d’autres foyers d’intégration. Il en résulte des tensions qui ne servent personne. Mais ce n’est pas bien surprenant de la part de l’opposition, qui ne pouvait politiquement se permettre d’endosser le rapport au risque de s’aliéner une portion de l’électorat nationaliste. Qui a dit que seul le PLQ faisait des manoeuvres politiques dans le dossier?
Les grands conclusions que je retiens de ce rapport sont de trois ordres. Le premier, c’est d’utiliser notre gros bon sens, outil merveilleux remis par la nature à l’espèce humaine et que nous sommes si nombreux à réclamer de la part de nos politiciens ces temps-ci. Sur les questions d’accommodement et d’intégrations, rien ne vaut une conciliation entre individus et une discussion posée. Les tribunaux ne sont qu’un recours ultime et la décentralisation doit primer.
Le second, c’est de régionaliser l’immigration tout en intégrant les nouveaux arrivants économiquement parlant. Citation:
Un autre phénomène mérite d’être signalé : le nombre d’immigrants qui
s’établissent en région est en hausse depuis quelques années. Il s’agit
peut-être du début d’une tendance forte et celle-ci devrait être soutenue.
Je n’aurais pu mieux dire! Quelle meilleure façon d’intégrer les immigrants et de leur donner des emplois que de les envoyer dans des lieux propices aux contacts avec la majorité francophone, où les ghettos n’ont aucune chance d’émerger et où la demande de main-d’oeuvre qualifiée se fait de plus en plus sentir? Et partant, on devrait donner un grand coup pour reconnaître les diplômes étrangers de façon très large. Puisque pénurie il y a, on ne peut se permettre de cracher sur une telle manne de travailleurs, qui ne demandent par ailleurs qu’à contribuer. Cela permet de renverser le déclin démographique, de diminuer les tendances xénophobes ou même la simple méfiance et, surtout, d’améliorer la condition des immigrants. Nous sommes tous des êtres humains et avons le droit de prétendre à un meilleur sort, ne l’oublions jamais.
Troisièmement et dernièrement, établir un cadre général clair et net pour d’une part rassurer la population et d’autre part dire finalement ce vers quoi nous voulons tendre. La Constitution réclamée par l’opposition est un projet de par trop vaste pour la question qui nous intéresse; un simple texte de principes interprétatifs, ne faisant pas office de document constitutionnel, ferait très bien l’affaire. On pourrait penser à l’intégrer à notre charte québécoise. Les libéraux ont déjà commencé à le faire avec l’application égale des droits aux hommes et aux femmes.
Bref, dans sa grande majorité, je suis d’accord avec le rapport Bouchard-Taylor. Je me demande ce qu’on aurait voulu d’autre, pour être tout à fait honnête… Des mesures d’assimilation? Des bouleversements politiques? Une fermeture des frontières? Un fixisme culturel qui ne serait même pas atteint si l’on mettait tous les immigrants dehors demain matin? Les changements de notre société se font tant de l’intérieur que de l’extérieur, et vouloir la préserver dans son état premier relève de la plus grande utopie. Mon message en est donc un d’acceptation, d’ouverture, de gros bon sens et surtout, de calme rationnel devant la question de l’immigration et des accommodements raisonnables.
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