Articles taggés ‘identité

01
fév
09

Cette défaite qui n’est pas la nôtre

PAR ALEXIS ST-GELAIS

Impossible. J’ai essayé très fort, mais c’était peine perdue: je n’ai pas pu l’ignorer. Encore une fois, insidieusement, nous avons décidés, élus en tête, de nous adonner à notre sport national (puisque les Canadiens ne gagnent plus la coupe) et de nous obstiner dans les règles de l’art sur un détail. La crise économique? C’est un sujet usé, voyons… Les lacunes évidentes du budget à l’égard du Québec et des provinces atlantiques? Ce n’est déjà plus intéressant! La qualité des informations que nous recevons par nos médias? Bof… quel ennui! Non, non, ce sur quoi nous avons décidé de nous crêper le chignon cette semaine, mesdames et messieurs, c’est sur un sujet d’une très, très haute importance, un sujet sur lequel nous nous devions de faire un débat sans quoi nous passions à côté d’un moment crucial de notre histoire: la reconstitution d’une bataille vieille de 250 ans sur les Plaines d’Abraham.

Horreur et consternation, claironne-t-on dans le mouvement souverainiste! Chercherait-on par là à jeter la honte et le déshonneur sur le peuple du Québec? Quel ignoble fédéraleux a donc ourdi ce plan dans les catacombes d’Ottawa, planifiant dans le détail l’assimilation rapide de la société distincte? Scandaleux! On célèbre, suprêmissime blasphème, la défaite de Montcalm!

On se calme et on respire par le nez. Commencez par aller lire ceci, puis revenez.

Ce que je comprends de tout ceci, c’est que la reconstitution de la bataille des plaines d’Abraham n’est pas la reconstitution d’une défaite de mon peuple, mais bien d’une défaite du peuple français. C’est ce même peuple qui, au lendemain de la fin de la guerre de Sept ans, s’en est retourné guilleret dans l’hexagone avec tous les notables et instruits de la Nouvelle-France, laissant les pauvres colons attachés à leur terre et à leur misère derrière eux avec quelques membres du clergé pour seuls guides. Mon peuple à moi, celui du Québec, a continué le combat ici-même, au jour le jour. Il n’a perdu qu’une seule fois, ce peuple, la seule fois qu’il ait pris les armes, lors de la Rébellion des patriotes. Ils ont perdu et pourtant, chaque année, on célèbre leur mémoire sans que quiconque vienne proclamer qu’on perpétue une honte nationale. Mais mon peuple, malgré les revers, malgré les difficultés, n’a jamais baissé les bras et a remporté son combat d’usure. La preuve en est que nous sommes aujourd’hui sept millions et que nous parlons toujours français. Notre existence n’est plus menacée comme elle l’était à l’époque coloniale. Mon peuple a compris que si la France ne voulait plus de ses arpents de neige et que les Britanniques n’aimaient pas trop qu’on parle français dans la vallée du St-Laurent, il n’avait qu’à prendre les choses en main, et c’est exactement ce qu’il a fait. Mon peuple a gagné.

Commémorez donc toutes les victoires et les défaites françaises que vous voulez, je n’en ai rien à faire. Ce n’est pas le Québec qui a perdu sur les plaines d’Abraham, c’est la France.

27
jan
09

Macédoine du jour

PAR ALEXIS ST-GELAIS

En attendant le dépôt du budget fédéral…

Quelques calculs…

On connaît la majeure partie du budget fédéral à l’avance, dont la promesse d’investir 7 milliards de dollars dans les infrastructures. Au Québec, le gouvernement veut pour sa part investir 41 milliards dans ce secteur. Le Québec a des revenus annuels de 63 milliards (2008-2009) et une population de 7 687 068 habitants (2006). Il investit donc l’équivalent de 65% de ses revenus annuels au total dans les infrastructures, soit une dépense de 5333$ par habitant. Le Canada avaitpour sa part des revenus annuels de 242 milliards en 2008-2009, pour 32 852 849 habitants en 2007. Cela signifie 2,9% de dépenses en infrastructures comparativement aux revenus, une dépense de 213$ par personne… Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais j’ai une drôle d’impression que l’effort n’est pas très vigoureux du côté fédéral!

Ajout: Finalement, le fédéral investirait, avec le budget, 11,8 milliards de dollars dans les infrastructures, pour 225 milliards de revenus (les chiffres précédents étaient des prévisions). Ce n’est tout de même que 5,2% des revenus et 359$ par habitant pour les infrastructures.

Un chef rassembleur!

Incroyable. Le tact et la bonhomie de Stéphane Gendron sont renversants. Cherchant à tout prix à s’imposer comme le nouveau chef de l’ADQ, il remet les seuls députés élus sous cette bannière à leur place en leur disant en substance qu’ils n’ont pas d’envergure et que leur opinion ne compte pas. Comme stratégie de séduction, j’ai rarement vu pire. Comment cet homme peut-il ensuite venir prétendre qu’il reconstruira ce parti? Avec Stéphane Gendron, l’ADQ est promise à de beaux déchirements.

Un rendez-vous manqué de plus pour la souveraineté

Après une énième tentative de revamper son option, le Parti Québécois aurait échoué une fois de plus. C’est le constat que tire Jonathan Valois, unique candidat à la présidence du PQ, quelques jours après que sa chef Pauline Marois ait déclaré avec Gilles Duceppe que la souveraineté se portait très bien, merci. Peut-être que la seule bonne conclusion à tirer pour le moment serait qu’il est impossible d’inventer des arguments pour faire la promotion de cette idée et que la vieille réthorique sur notre inféodation socio-économique, encore valable dans les années 1960 et 1970, n’est plus utilisable.

Si la souveraineté devait un jour se concrétiser, je doute de plus en plus que le PQ en serait l’instigateur.

Une idée pour contrer la convergence des médias

Le conflit au Journal de Montréal découle entre autres de la volonté de l’empire médiatique Québécor de centraliser ses services de nouvelles, afin d’alimenter plusieurs médias à partir des mêmes sources. Ce serait encore une fois un coup dur pour la diversité de l’information déjà mise à mal au Québec. Pourrait-on imaginer une nouvelle législation interdisant à une entreprise de posséder des actifs dans plus d’un média autre qu’Internet? Ainsi, il serait impossible à quiconque de posséder un poste de radio et un journal, ou une chaîne de télévision et un magazine.

01
jan
09

Bonne année!

Le premier janvier 2009 coïncide avec le premier anniversaire de mon aventure blogosphérique avec À mon humble avis. J’en suis toujours surpris, lorsque j’y repense… J’ai l’impression que cela fait plus longtemps! Ce blogue a eu du succès bien au-delà de mes espérances, ce qui me permet de dire que j’ai accompli l’engagement que j’avais pris il y a aujourd’hui un an jour pour jour, alors que ma résolution du nouvel an était de tenir un blogue politique.

Merci à ceux qui ont fait connaître ce blogue. Ma résolution pour ce début d’année 2009 sera de retourner voir les blogues de ma blogoliste un peu plus souvent: j’ai malheureusement fait preuve d’un peu de relâchement depuis les dernières semaines…

C’est aussi le temps de vous souhaiter bonne année. Je vous souhaite également de toujours être capables de juger des enjeux politiques et sociaux avec discernement, nuance et respect. J’oserais en plus émettre le voeu que le cynisme politique se dissipe quelque peu en 2009, mais c’est sans doute peine perdue…

Parlant de nuance et de respect, je ne peux pas ne pas faire référence à la tirade de Jean-François Mercier sur le Canada anglais lors du Bye Bye! d’hier à Radio-Canada. Le reste de la soirée était excellent, mais je n’ai pas compris la nécéssité d’aller insulter les canadiens anglophones de la sorte, alors que Gilles Duceppe lui-même avait dit plus tôt dans la soirée que si certains voulaient un pays, au Québec, ce n’était pas contre le Canada anglais, mais simplement pour respecter le fait que toutes les nations sont égales et qu’aucune n’est supérieure ou inférieure à une autre (ce qui signifie que nous ne sommes pas meilleurs qu’eux). Imaginez une seule seconde qu’un commentateur anglophone du Canada ait émis des propos équivalents à ceux de Jean-François Mercier à propos du Québec? Le tollé serait général. On dirait encore que c’est une excellente preuve qu’il nous faut un pays et que le ROC rejette notre culture et notre identité. On relèverait (avec raison) le manque profond de respect d’une telle déclaration envers un peuple tout entier. Pourquoi, alors, le raisonnement inverse ne tiendrait-il pas? Pourquoi personne au Québec ne semble pour le moment avoir relevé le mauvais goût monumental de cette déclaration? Comme si ce n’était pas assez, celle-ci fait office de tout premier message que le Québec envoie au Canada anglais à l’aube de 2009. De quoi commencer l’année d’un très mauvais pied.

Mes prévisions pour 2009: je crois que nous aurons droit à une élection fédérale. Encore, me direz-vous? Ben oui! Michael Ignatieff trépigne d’impatience de susciter un courant de sympathie dans tout le Canada et de balayer du revers de la main les derniers nostalgiques de la coalition (celle-là est déjà morte et enterrée). Cela aurait peut-être le mérite de nous débarrasser de Stephen Harper. Au Québec, situation beaucoup plus tranquille: vous n’en entendrez plus parler avant un moment, sauf si quatre députés libéraux viennent pour une raison ou une autre à manquer à l’appel (ce que l’on ne leur souhaite pas). Après avoir vu Amir Khadir lancer ses souliers sur une affiche de Bush dans une manifestation et développer sa vision un peu trop romantique du militantisme populaire hier à Tout le monde en parle, je commence à me demander quel genre de député il fera. C’est à suivre. Ah! Il faut aussi savoir qui sera le nouveau chef de l’ADQ! Ma prévision est ennuyeuse, mais réaliste, me semble-t-il: ce sera Éric Caire. Je serais assez surpris que Marie Grégoire se décide à retourner dans l’arène pour l’occasion.

Bonne année 2009, donc, en espérant que les élections et crises économiques n’entachent pas trop votre bonheur!

27
sept
08

Menu du jour

C’est confirmé, j’ai bien accès à Internet de la chambre d’hôtel (sans frais, quel luxe!). J’ignore si je pourrai faire la même chose à partir du plancher du Conseil Général. De plus, la période d’étude des résolutions ne débute qu’à 15h. Dans la logique des congrès politique, cela peut bien vouloir dire 15h30… Vous n’aurez peut-être des nouvelles que ce soir, à moins que je ne sois débordé (ce qui m’arrive souvent).

Le menu est relativement chargé. L’heure de fin de l’étude des propositions n’est pas spécifiée, mais je doute que l’on garde les participants captifs jusqu’à tard dans la soirée. Outre la résolution-cadre sur l’identité et le fédéralisme, qui fait huit pages, nous aurons à nous pencher sur 16 amendements à ce texte et 19 résolutions régionales. Et il n’y aura pas de temps supplémentaire le dimanche matin!

Trois articles à l’étude me touchent plus directement. D’abord, un amendement suggéré à la résolution-cadre parle de reconnaissance des diplômes étrangers par des examens gratuits et des stages d’adaptation, sur recommandation de la Commission-Jeunesse. Cette question me tient particulièrement à coeur, et le sujet provient à l’origine d’une de mes résolutions présentées l’an passé en Assemblée de la Commission-Jeunesse. Lors du Congrès de cet été, une version (améliorée par notre responsable des affaires politiques) a été adoptée. J’espère que cette reconnaissance plus accessible de la formation des immigrants sera entérinée par les congressistes.

Une autre résolution que j’avais présenté simultanément à celle sur les diplômes étrangers portait sur la réforme du système de don d’organes, de manière à y inclure le consentement présumé, le remboursement par l’État des frais pour les donneurs vivants (transport, hébergement, frais de garde, etc.) et l’établissement d’un projet-pilote sur les prélèvements après décès cardio-respiratoire. Cette dernière mesure a permi, dans les pays qui l’ont adoptée comme l’Espagne ou les États-Unis, d’augmenter de plus de 30% la disponibilité d’organes. Nous n’avions pas eu l’occasion de débattre de cette résolution au Congrès-Jeunes mais la Commission-Jeunesse a tout de même jugé opportun de la présenter ici, au Conseil Général. Le responsable des affaires politiques (Julien Gagnon pour ne pas le nommer) m’a demandé d’en faire la présentation aux membres.

Enfin, il y a cette résolution sur le covoiturage que le comté de Jonquière présente aux militants. Je suppose que cette fois encore j’en ferai la présentation, si toutefois nous avons le temps d’en débattre! Autrement, l’essentiel de notre journée sera consacrée à des ateliers et des plénières. La matinée, après quelques discours d’usage, est occupée par une plénière sur l’occupation dynamique du territoire. Elle sera animée conjointement par Nathalie Normandeau, Raymond Bachand, Julie Boulet et Sam Hamad. Suite au dîner, ce sera au tour de l’éducation préscolaire, primaire et secondaire d’être abordée, avec Sophie Galluccio. Pas d’inquiétude à avoir sur les frais de scolarité, cette fois… Demain, une troisième et dernière plénière est prévue, portant sur la productivité et la prospérité, sous la direction d’Alain Paquet. Et comme toute bonne activité du PLQ, le rassemblement se terminera sur une allocution de Jean Charest.

Pour tous les détails, soit l’horaire et le cahier des résolutions, c’est par ici, sur la petite section libellée Conseil Général du PLQ. À plus tard!

26
sept
08

Conseil Général du PLQ

Après une semaine pleine de rebondissements, je partirai ce soir pour le Conseil Général du PLQ. Il s’agit d’une sorte de petit Congrès des Membres, où trois personnes sont déléguées par comté (en plus des habituels participants des divers organes du parti). On y traitera d’occupation du territoire, d’éducation et d’économie. Il y sera aussi question d’identité et de fédéralisme. En effet, la résolution-cadre du dernier Congrès des Membres portant sur ce sujet n’avait pu être étudiée faute de temps. Elle comporte plusieurs positions intéressantes sur la question constitutionnelle et sur la dynamique canadienne. À suivre!

La seule résolution du Saguenay-Lac-St-Jean est présentée par le comté de Jonquière à ma demande. Il s’agit de soutenir et promouvoir le covoiturage comme mode de transport alternatif, notamment où le transport en commun n’est pas accessible ou inefficace.

Fait nouveau, mon portable me suivra au Conseil Général. Si par une grande chance nous avons accès à Internet depuis le “plancher” et que je dispose d’une table, je vous offrirai peut-être un peu de live blogging sur ce qui se passe là-bas et sur la teneur des discussions. J’espère que vous apprécierez si je réussis à le faire.

Je serai de retour lundi, paré à affronter une nouvelle semaine.

11
juin
08

Un silence troublant

Je suis profondément choqué. En ce jour où Stephen Harper adressera les excuses officielles du Canada aux amérindiens de tout le pays, j’entends pour la première fois parler de l’horrible traitement qui leur avait été réservé pendant plus d’un siècle, depuis la Confédération jusqu’en 1980 au Québec et 1996 pour le Canada entier. Parqués dans des pensionnats, les jeunes amérindiens étaient soumis à un processus agressif d’acculturation pour leur inculquer des valeurs “chrétiennes” et oblitérer leur langue. Ils y subissaient de nombreux sévices physiques, sexuels et psychologiques. Les communautés amérindiennes en ont beaucoup souffert, les enfants n’ayant pas le droit de voir leurs parents et de leur parler dans leur langue dans leurs communications. C’est là le premier motif de mon traumatisme: je comprends mieux aujourd’hui la grande détresse qui prévaut chez de nombreuses communautés et le clivage entre les “hommes blancs” et les peuples autochtones.

L’autre point qui me choque et fait insulte à mon intelligence, c’est cette hypocrisie collective aberrante dont nous faisons preuve face à cette histoire sombre. Comment se fait-il que ce n’est qu’aujourd’hui que j’apprends l’existence de ces pensionnats et des événements qui s’y sont déroulés? Où est passé ce fait pourtant incontournable dans nos manuels scolaire? Comment peut-on prétendre à un repentir quelconque si, en tant que société, nous ne faisons pas face dignement à l’indigne du passé? Ce silence troublant me fait penser à la grande gêne des français lorsque vient l’heure de parler de la guerre en Algérie et de leur passé colonialiste. Si nous commencions par assumer que nous ne sommes pas parfaits en tant que canadiens, et que nous ne sommes pas le seul peuple pouvant aspirer à mieux, en tant que québécois, peut-être pourrait-on en arriver à bâtir quelque chose de mieux.

Il m’est impossible de réparer les erreurs du passé. Je ne peux que souhaiter que les canadiens prendront conscience des injustices commises à l’égard des amérindiens et qu’il feront preuve d’un franc repentir.

10
juin
08

Jeunes et ouverts

Michel Monette, du blogue À gauche de l’écran (malheureusement hors ligne pour problèmes de piratage), m’a récemment donné une excellente idée. Elle fait référence aux nombreux observateurs qui soulignent que les jeunes du Québec sont déjà bien conscients de la réalité pluriculturelle de notre province et qu’ils sont prêts à travailler avec les nouveaux arrivants pour bâtir un meilleur avenir. Il s’agit d’une pétition-déclaration visant à confirmer cette impression auprès des citoyens du Québec. Elle affirme quelques valeurs communes (français, neutralité de l’État, égalité homme-femme et épanouissement de tous) et le désir de travailler tous ensemble à un Québec plus prospère. J’ai donc pris en main le projet et je le lance humblement sur le web, en espérant de bons résultats.

La “pétition”, nommée Jeunes et ouverts, est présente sur ce site de pétitions en ligne et vise principalement les jeunes. Elle est aussi liée à un blogue, visant à recueillir les témoignages, et à un groupe Facebook. L’objectif: un ambitieux chiffre de 100 000 signatures.

C’est donc lancé, et j’ai l’espoir d’obtenir des résultats intéressants. Dans tous les cas, cela montrera peut-être un autre côté de la médaille sur la question culturelle du Québec.

24
mai
08

Mon humble avis sur… la commission Bouchard-Taylor

Chose promise, chose due: voici mes réactions au rapport et à la commission Bouchard-Taylor. Merci d’avoir patienté, je désirais lire le rapport dans sa version abrégée avant de parler à travers mon chapeau.

Tout d’abord, je l’avouerai, je n’ai pas plus de mérite que Mario Dumont quant à la participation aux travaux de la commission. Je désirais me présenter à l’assemblée de ma région, mais il m’a été impossible de le faire à cause d’un conflit d’horaires. Toutefois, je considère ma faute bien moins grave que la sienne, car je suis bien loin de disposer, en tant que simple citoyen, d’autant de moyens de m’exprimer que le chef de l’ADQ. En effet, Mario Dumont, s’il ne désirait pas s’y rendre en personne, aurait très bien pu mandater quelqu’un pour représenter le parti, comme l’a fait le PLQ.

De l’utilité de la commission, en tout premier lieu: je partage tout à fait l’idée de messieurs Bouchard et Taylor à l’effet que l’exercice de consultation publique, bien que fastidieux sur le coup et probablement pas étranger à une certaine situation politique glissante pour le PLQ, a réellement eu l’effet d’un calmant pour l’hystérie collective qui s’était développée autour de la question des accommodements raisonnables. Cette crise, bien plus faite d’inflation verbale et de rumeurs que de faits tangibles et avérés, aurait en effet pu prendre un tournant nettement moins agréable; or, très heureusement, on a réussi à crever l’abcès et à discuter des enjeux liés à l’immigration de façon calme et posée. En ce sens, l’exercice aura valu la peine.

Je note ensuite une petite phrase au détour dans le rapport: “les immigrants et les membres des minorités ethniques n’ont rien eu à voir dans plusieurs affaires (le sapin de Noël à l’hôtel de ville, la pseudo-directive du Service de police de Montréal, le vote à visage voilé…)”. Cela traduit une autre chose que je pensais déjà, à savoir que nous sommes en partie responsables de notre malheur. À trop vouloir bien faire, nous nous sommes parfois enfargés dans les fleurs du tapis. Je me considère comme une personne ouverte et tolérante, qui désire voir les immigrants s’intégrer à la société pour leur bien et le nôtre. Toutefois, il faut éviter de tomber dans les théories du multiculturalisme à tout crin et accommoder des gens qui n’ont par ailleurs rien demandé. Cette attitude ne sert ni la majorité, ni les immigrants qui se retrouvent ensuite aux prises avec un ressentiment populaire injuste envers eux. Attendons au moins qu’un problème se présente avant d’en inventer!

Certains ont lu dans ce rapport un flagrant manque de justice face à la majorité québécoise de souche, théoriquement appelée à se plier à toutes sortes de demandes plus saugrenues les unes que les autres. Certes, les débats sur la nomenclature de tel ou tel groupe de citoyen sont relativement creux et peu utiles, d’autant plus qu’ils ne posaient pas nécessairement problèmes à la base (bien que je sois d’accord en ce qui a trait au fait que les seuls québécois de souche sont les amérindiens). Nonobstant ce fait, je relève plutôt dans ce rapport le maintien de certaines pratiques ne portant que peu, voire pas du tout à conséquence, comme le port du voile islamique (à distinguer de la burqa ou du hidjab), et l’affirmation de principes chers à la majorité. On ne saurait s’insurger et clamer que nous sommes exhortés à nous plier aux caprices des nouveaux arrivants lorsque le rapport consacre le caractère officiel et primordial de la langue française au Québec, l’héritage historique de la religion catholique dans notre nomenclature et notre paysage (pour ce qui est du crucifix, la question a été réglée unanimement à l’Assemblée) ou l’égalité homme-femme, point qui est maintes fois ressorti lors des consultations.

Je suis partisan de la laïcité de l’État et je ne m’en cacherai guère. Le principe de la séparation de l’Église et de l’État (des deux É) a été invoquée fort à point dans le rapport Bouchard-Taylor. L’État, institution garante du bien commun et représentative de la collectivité toute entière, ne saurait s’apparenter à une croyance particulière, à plus forte raison lorsque la majorité de la population qui lui donne sa légitimité n’est pas particulièrement praticante. Car, ne nous le cachons pas, les églises catholiques romaines sont vides. On aura beau dire que la majorité au Québec est catholique, il n’en demeure pas moins que dans les faits, elle est vastement laïque. Le modèle proposé par messieurs Bouchard et Taylor me semble viser juste, puisqu’il n’impose pas de contraintes aux citoyens privés, demandant uniquement aux représentants de l’autorité et de l’impartialité de l’État d’être neutres. J’aurais toutefois préféré que le rapport prône la neutralité des milieux de l’éducation quant aux symboles religieux.

L’opposition péquiste a déploré que le rapport ne traite aucunement du malaise identitaire. Pourtant, il y a une section entière consacrée uniquement à cette question (VII, A.)… Et qu’aurait-on voulu que le rapport nous dise? Qu’il nous propose la souveraineté, peut-être? Cela n’aurait strictement rien changé, puisque nous disposons déjà en pratique des pouvoirs en matière d’immigration et d’intégration et de toute la latitude requise pour la francisation des nouveaux arrivants. Il s’agit bel et bien d’un problème de mentalité au Québec: nous sommes trop craintifs et incertains face à notre propre avenir, et cela ne date pas d’hier. Résultat, nous avons tendance à opter pour une position de repli alors qu’il faudrait au contraire bomber le torse et nous affirmer tout en s’ouvrant sur le monde. Laissons derrière nous les épouvantails de l’assimilation; ce sont les attitudes défaitistes et hostiles qui représentent le plus grand danger pour notre nation, puisque cela pousse les immigrants à se braquer ou à préférer d’autres foyers d’intégration. Il en résulte des tensions qui ne servent personne. Mais ce n’est pas bien surprenant de la part de l’opposition, qui ne pouvait politiquement se permettre d’endosser le rapport au risque de s’aliéner une portion de l’électorat nationaliste. Qui a dit que seul le PLQ faisait des manoeuvres politiques dans le dossier?

Les grands conclusions que je retiens de ce rapport sont de trois ordres. Le premier, c’est d’utiliser notre gros bon sens, outil merveilleux remis par la nature à l’espèce humaine et que nous sommes si nombreux à réclamer de la part de nos politiciens ces temps-ci. Sur les questions d’accommodement et d’intégrations, rien ne vaut une conciliation entre individus et une discussion posée. Les tribunaux ne sont qu’un recours ultime et la décentralisation doit primer.

Le second, c’est de régionaliser l’immigration tout en intégrant les nouveaux arrivants économiquement parlant. Citation:

Un autre phénomène mérite d’être signalé : le nombre d’immigrants qui
s’établissent en région est en hausse depuis quelques années. Il s’agit
peut-être du début d’une tendance forte et celle-ci devrait être soutenue.

Je n’aurais pu mieux dire! Quelle meilleure façon d’intégrer les immigrants et de leur donner des emplois que de les envoyer dans des lieux propices aux contacts avec la majorité francophone, où les ghettos n’ont aucune chance d’émerger et où la demande de main-d’oeuvre qualifiée se fait de plus en plus sentir? Et partant, on devrait donner un grand coup pour reconnaître les diplômes étrangers de façon très large. Puisque pénurie il y a, on ne peut se permettre de cracher sur une telle manne de travailleurs, qui ne demandent par ailleurs qu’à contribuer. Cela permet de renverser le déclin démographique, de diminuer les tendances xénophobes ou même la simple méfiance et, surtout, d’améliorer la condition des immigrants. Nous sommes tous des êtres humains et avons le droit de prétendre à un meilleur sort, ne l’oublions jamais.

Troisièmement et dernièrement, établir un cadre général clair et net pour d’une part rassurer la population et d’autre part dire finalement ce vers quoi nous voulons tendre. La Constitution réclamée par l’opposition est un projet de par trop vaste pour la question qui nous intéresse; un simple texte de principes interprétatifs, ne faisant pas office de document constitutionnel, ferait très bien l’affaire. On pourrait penser à l’intégrer à notre charte québécoise. Les libéraux ont déjà commencé à le faire avec l’application égale des droits aux hommes et aux femmes.

Bref, dans sa grande majorité, je suis d’accord avec le rapport Bouchard-Taylor. Je me demande ce qu’on aurait voulu d’autre, pour être tout à fait honnête… Des mesures d’assimilation? Des bouleversements politiques? Une fermeture des frontières? Un fixisme culturel qui ne serait même pas atteint si l’on mettait tous les immigrants dehors demain matin? Les changements de notre société se font tant de l’intérieur que de l’extérieur, et vouloir la préserver dans son état premier relève de la plus grande utopie. Mon message en est donc un d’acceptation, d’ouverture, de gros bon sens et surtout, de calme rationnel devant la question de l’immigration et des accommodements raisonnables.

22
mai
08

Où était Mario Dumont au moment propice?

Le rapport Bouchard-Taylor vient de sortir. Je me laisse le temps de digérer et d’en savoir plus avant d’émettre mon évaluation personnelle des recommandations présentées. Toutefois, en voyant Mario Dumont y aller de ses critiques envers le rapport dans les médias, je n’ai pas pu m’empêcher de me souvenir que son parti n’a rien présenté aux commissaires.

Pensez-y un peu: l’ADQ critique le rapport Bouchard-Taylor en soulignant à gros traits qu’on n’y fait pas assez référence à la culture normative et à la majorité… Pourtant, si ce parti avait réellement voulu voir ces conclusions figurer dans le document, les portes de la consultation publique lui étaient grandes ouvertes! Cela me fait penser à ces gens qui ne votent pas aux élections mais se plaignent constamment de l’ineptie du gouvernement.

Aussi, je ne vois pas pourquoi on devrait aujourd’hui accorder un crédit quelconque à ce que dit Mario Dumont, qui a refusé de s’exprimer au moment propice. Si on y ajoute le fait que l’ADQ est l’un des déclencheurs de la supposée crise des accommodements raisonnables, faisant feu de tout bois sur la question, quelle autorité reste-t-il à Dumont pour donner son avis?

Vu la situation, Mario Dumont ferait bien mieux de se taire, car c’est trop peu et surtout, beaucoup trop tard.

20
mai
08

Bouchard-Taylor: n’anticipons pas

Comme à peu près tout le monde, j’ai entendu les “fuites” sur le contenu du rapport Bouchard-Taylor. Si c’est là l’essentiel du contenu du rapport, je dois dire que je suis fortement déçu, quoique pas surpris. Pour l’ouverture, je crois que nous ne sommes pas si mauvais (il y a place à l’amélioration, mais pas n’importe comment; il faudra voir ce que les commissaires entendent par là). Pour l’anglais, je prône le bilinguisme, mais à titre personnel et volontaire, pas sur ordre de commissaires dont ce n’était pas le mandat (en plus!). Il serait mal venu de rejeter l’héritage de la loi 101 et de se lancer, encore une fois, dans du tripotage linguistique. Et si je dis prévisible, c’est que le parti pris de messieurs Bouchard et Taylor transpirait un brin pendant les consultations.

On ne peut pas toutefois réagir en ce moment. D’une part, le rapport n’a pas encore été publié; que sait-on du reste des grandes lignes déterrées par les commissaires? On n’a aucune idée, en outre, des moyens concrets proposés dans ce document. D’autre part, la publication dans les médias a été déclenchée et orchestrée par The Gazette, dont le lectorat, le point de vue et les objectifs ont probablement orienté les passages retenus et la façon d’annoncer les choses. En effet, pour les lecteurs anglophones de ce journal, c’est une très bonne nouvelle que l’on demande aux québécois de parler plus anglais, alors qu’il s’agit peut-être d’un point marginal dans le rapport, ou encore déformé dans la “fuite”.

Pour ma part, je préfère donc attendre le dépôt avant de faire mes commentaires, mais soyez sans craintes… Il y en aura certainement.




Note: Les articles d'Alexis St-Gelais ne traduisent pas les positions officielles du PLQ ni celles de ses instances et les déclarations qui y figurent ne traduisent que les opinions personnelles de l'auteur.

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L’ancien “À mon humble avis”

De janvier à août 2008, une première version de "À mon humble avis", sous la seule plume d'Alexis St-Gelais, a joué le rôle de précurseure de celle-ci sur Blogger. Ainsi, tous les articles du 23 août 2008 et ceux qui précèdent ont été importés depuis l'ancien blogue, avec les commentaires originaux; n'hésitez pas à les consulter!

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