Tant à dire, le tout sous le coup d’une fatigue intense: c’est tout un contrat que de vous parler de notre Congrès-Jeunes. Ça l’est d’autant plus que notre couverture médiatique fut axée presque exclusivement sur trois résolutions controversées, le reste passant à peu près sous silence, que je suis le seul blogueur de la Commission-Jeunesse (et du PLQ) pouvant donc présenter ici un point de vue différent et que j’étais impliqué dans l’organisation même du Congrès, sans pourtant jamais en avoir vécu un auparavant.
Bien entendu, comme dans toute bonne organisation, il existe une bonne part de confusion. Tout est prévu à la minute près, mais une fois sur place, divers retards et imprévus tombent les uns après les autres. Chacun vaque à sa tâche, et je serais bien incapable de vous retracer un portrait complet de la fin de semaine, étant partagé entre mes responsabilités d’adjoint aux affaires politiques, de président de Commission Politique régionale et de représentant régional sortant. Il n’en reste pas moins que, dans l’ensemble, l’organisation fut efficace. Nous nous en sommes tirés sans événements graves et les congressistes ont semblé apprécier leur expérience.
Je crois que ce qui vous intéresse le plus est, sans contredit, le contenu même de ce Congrès. Je vous avais dit avoir participé à l’élaboration d’une partie de la thématique. Ma contribution finale est de ce fait plutôt discrète, deux des trois résolutions sur lesquelles je me suis penché n’ayant pas été abordées faute de temps, et une troisième écartée en raison d’une redondance face à des Congrès précédents. Dans ce dernier cas, il s’agissait d’une résolution sur la réforme du mode de scrutin. La Commission-Jeunesse s’étant prononcée sur la question il y a moins de 3 ans selon mes informations, il n’était pas pertinent d’en débattre à nouveau à court terme. Parmi les 9 résolutions de la thématique abordées, celle qui portait ma griffe concernait la reconnaissance intégrale et accessible des diplômes étrangers. Très peu rapportée dans les médias, cette proposition revêt néanmoins à mon idée une grande importance pour de nombreuses personnes, et je suis heureux qu’elle ait pu progresser. J’espère la revoir lors d’un autre événement du parti, pour finalement l’inscrire au programme. En bref, il s’agit d’instaurer des examens d’équivalence de diplômes gratuits pour toutes les professions, ainsi que des stages de quelques mois en milieu de travail. Le tout permettrait à de nombreux immigrants de faire reconnaître leurs études et de participer pleinement à notre vie économique et sociale collective.
Les autres propositions dans lesquelles je m’étais impliqué plus spécifiquement concernaient une réforme du système de dons d’organes et la réinstauration des diplômes en enseignement, permettant à des bacheliers de devenir professeurs avec une formation d’un an. Elles seront peut-être abordées lors d’une activité future de la Commission-Jeunesse.
Le reste de la thématique portait sur les trois thèmes dont vous avez certainement entendu parler (“bilinguisme” au primaire, impôt post-universitaire et hausse des frais de scolarité, ainsi que démocratisation syndicale; j’y reviendrai), ainsi que quelques autres. Une résolution environnementale prône l’adoption par le gouvernement du Québec de pratique vertes: économie d’énergie, architecture organique, bâtiments certifiés LEED, LEED-argent et plus, utilisation de moyens de communication moins polluants (impression recto-verso, vidéoconférences, etc.), gestion serrée des déchets… Une autre proposition adoptée concerne le renforcement du Conseil de la fédération, ainsi que la réalisation du TGV Québec-Windsor et une alliance avec les autres provinces pour établir le libre-échange avec l’Europe en faisant pression sur le gouvernement fédéral. La proposition sur la commercialisation de l’eau en vrac a été battue. Nous traitions également de fiscalité. Il est surprenant que nul ne se soit attardé à cette position, qui propose entre autres le transfert graduel de l’impôt vers les taxes à la consommation, la diminution de la fiscalité des entreprises et l’utilisation des tarifs hydro-électriques pour procurer des revenus supplémentaires avant de hausser les taxes. Enfin, une proposition étoffée et réaliste sur l’agriculture proposait plusieurs modifications très utiles au monde agricole. La gestion de l’offre y était abordée, mais non dans le sens de l’abolition; il était plutôt suggéré d’en revoir certains mécanismes pour donner plus de latitudes aux producteurs. Je n’y connais pas grand chose, mais l’exemple qu’on m’a donné m’a semblé convainquant: à l’heure actuelle, un agriculteur élevant des vaches et désirant produire du lait avec son troupeau doit d’abord vendre son lait à la fédération des agriculteurs, puis le racheter pour ensuite procéder à la transformation. L’assouplissement de ce type de mécanismes pourrait déjà améliorer le système dans son ensemble. Il y était également question de permettre la culture des terres remises en friche depuis longtemps (ce qui est étrangement interdit), de favoriser les marchés plus spécialisés, d’envisager certaines modifications à l’assurance-récolte, etc.
Je ne suis pas là pour passer mon opinion sur chacune de ces résolutions; de toute manière, un peu de perspicacité ou des questions bien orientées, si vous êtes malins, vous permettront probablement de retrouver ce que j’en pense. Je crois en outre que ce qui vous intéresse encore plus, ce sont les trois résolutions dont tout le monde parle.
Tout d’abord, le fameux “bilinguisme” au primaire. Cette proposition s’inspire en fait du programme, déjà existant, d’anglais intensif, disponible en sixième année du primaire pour les élèves un peu plus doués. Elle permet en général à ceux-ci d’acquérir une meilleure connaissance de l’anglais, ce qui est qu’on le veuille ou non un atout bien utile dans notre monde. Si cela n’avait été de ce programme, je doute fort qu’aujourd’hui je pourrais me considérer comme quasiment bilingue, comme je le fais. Ce qui fait surtout réagir, c’est cette proposition d’amendement, à laquelle l’organisation ne s’attendait pas du tout, qui visait à étendre la mesure pour tout le primaire! Je dois avouer avoir été sidéré de voir que tant de gens dans la salle y étaient favorable. Je fus heureux que cette modification soit battue, car elle devenait extrêmement radicale, elle qui était déjà audacieuse. Du reste, certaines écoles ont, à ma connaissance, déjà instauré l’anglais intensif pour tous en sixième année. Sur ce point, Jean Charest fut d’une grande sagesse: le meilleur moyen de trancher reste effectivement de soumettre la question à l’ensemble des membres en Congrès. Je mûrirai le point d’ici là.
L’impôt post-universitaire peut sembler proprement scandaleux à première vue. Il est exact que cette mesure prône l’augmentation des frais de scolarité annuels de 2500$ à 6500$. Le principe est plutôt simple: la différence de 4000$ entre ces deux montants n’est pas facturée à l’étudiant tant et aussi longtemps qu’il n’occupe pas un emploi après ses études, et que ledit emploi ne lui fournit pas un revenu dépassant un certain seuil. L’objectif est ici de financer les universités du Québec, actuellement en manque cruel de fonds, en réduisant le plus possible le fardeau financier des étudiants au moment où ils disposent du moins d’argent, à savoir pendant leurs études. La mesure s’accompagne d’une bonification du système de prêts et bourses et d’un resserement de l’imputabilité des administrateurs universitaires. Je trouve cette résolution réaliste dans le principe; les gens disposant d’un diplôme gagneront un salaire plus important que la moyenne après leurs études, et seront donc plus en mesure de payer que pendant qu’ils sont à l’université. Néanmoins, je vous accorderai que l’on pourrait discuter longtemps sur l’opportunité d’augmenter les frais d’autant que 4000$, tout comme sur la gradualité d’application de cette mesure et sur divers moyens de réduire l’impact sur des étudiants soucieux face à leur situation financière déjà précaire. Pour l’anecdote, lors du Conseil Général Élargi de février 2007, je m’étais prononcé avec 3 autres jeunes du Saguenay contre la hausse de 50$ des frais de scolarité par session (nous étions probablement les seuls dans la salle à voter contre). La raison dans mon cas? J’avais en tête une sorte de taxe sur le diplôme, applicable lorsque les étudiants auraient fini d’étudier et occuperaient un emploi… Vous comprendrez donc que l’impôt post-universitaire correspond à mon idée d’alors.
Enfin et surtout, les syndicats. Avouez-le, vous avez probablement eu une forte démangeaison de nous traiter d’anti-syndicalistes (si ce n’est pas déjà fait). Je vous mentirais si je vous disais qu’aucun jeune libéral ne l’est; les positions antérieures de la Commission-Jeunesse sur l’abolition de la formule Rand en témoignent (à titre indicatif, je suis opposé à cette abolition). Ce qui a été proposé en fin de semaine me semble toutefois moins radical et, qu’elles proviennent d’une certaine incompréhension du monde syndical ou non, ces suggestions relèvent à mon avis du bon sens. Je vois mal quels arguments réellement rationnels peuvent être invoqués pour attaquer la volonté d’établir le vote secret dans les syndicats pour obtenir les mandats de grève et l’accréditation. N’est-ce pas là parfaitement légitime? Est-il sincèrement si farfelu de croire que, parfois, certains travailleurs syndiqués sont la cible de pression de la part de leurs pairs lors d’un vote à main levée? Et est-ce une demande déraisonnable que de demander aux syndicats de donner à leurs membres leurs états financiers, tout comme le gouvernement ouvre ses livres comptables à la population? Après tout, le travailleur y cotise: il a bien le droit de savoir ce qu’on fait de son argent! La partie sur le dépôt de griefs contre un syndicat peut sembler plus radicale. À mon esprit, il s’agit surtout d’une sécurité: les syndicats étant devenus de très grosses organisations, il n’est pas exclu que le simple travailleur soit à un moment ou à un autre négligé. Celui-ci doit donc avoir à sa disposition une manière de réagir pour corriger la situation. Je doute qu’en général cette procédure soit nécessaire, mais je n’y suis pas de fait opposé. Bref rappel à ceux qui l’auraient oublié: reculez en arrière dans mes billets, et vous pourrez constater que je ne suis pas opposé aux syndicats, que je considère plutôt comme une force sociale très positive. On doit toutefois éviter de laisser ce rouage de notre société rouiller et devenir un frein plutôt qu’un moteur.
Cette résolution comportait une seconde partie, moins médiatisée elle aussi. Elle concernait de nombreux mécanismes relatifs au travail. On y retrouvait, en vrac, l’idée de favoriser l’augmentation des primes au travail à celle du salaire minimum, des modifications aux possiblités de retraite, plus de flexibilité au regard des heures supplémentaires et de l’échange d’heures entre employés, une meilleure prise en charge des assistés sociaux et une obligation pour ceux-ci, après une certaine période, de suivre diverses mesures de réinsertion en emploi (formation, stages, etc). Je vous laisse le soin de juger de ces mesures aussi nombreuses qu’importantes, bien que relativement peu débattues, hélas.
Quant aux résolutions régionales, il me serait impossible de parler de la bonne vingtaine dont nous avons discuté. Ce serait d’ailleurs inutile, puisqu’elles sont trop nombreuses pour être toutes apportées dans le cadre d’un Congrès des membres ou d’un Conseil général pour intégration au programme. Il suffit de savoir que quatre des cinq résolutions du Saguenay ont été adoptées; celle sur le covoiturage a bien failli rester lettre morte, certains militants se montrant réticents à voir l’État s’impliquer dans ce dossier comme nous le demandions.
Pour répondre à Manx, nos résolutions sur la biomasse résiduelle et la réorientation de l’industrie forestière n’étaient pas extrêmement développées, mais comportaient à mon sens de bonnes pistes de solution. La première visait à explorer deux avenues: d’une part, encourager des entreprises produisant des déchets organiques à brûler ceux-ci pour produire l’énergie dont elles avaient besoin; d’autre part, explorer les possiblités d’implantation de centrales de biomasse municipales, alimentées par la collecte de déchets agricoles ou forestiers. Le tout permet de réduire la production de méthane lors de la décomposition, gaz produisant un effet de serre beaucoup plus important que le CO2, tout en obtenant de l’énergie. Dans le cas de la forêt, nous demandions simplement au gouvernement de sensibiliser (et peut-être soutenir financièrement) l’industrie à la modernisation de ses équipements et de sa production, tout en intensifiant les efforts de recherche dans le domaine forestier à la grandeur du réseau des Universités du Québec pour développer de nouvelles filières, comme les polymères ou le domaine médical.
J’ai reçu, au cours de cette fin de semaine, l’une des questions les plus complexes de toute ma vie de la part d’un militant de l’Abitibi. Celui-ci, après une longue discussion où j’affirmais que j’étais en politique par conviction, m’a demandé tout de go quelles étaient mes convictions. L’étendue même de cette question m’a empêché d’y répondre sur le moment; je me suis donc proposé de tenter d’établir une série d’environ 10 convictions politiques profondes auxquelles je m’identifie, à raison d’une par semaine, sur ce blogue. J’espère trouver les mots justes pour exprimer les choses en lesquelles je sais croire, mais que je n’ai pu exprimer de façon concise, la fatigue n’y aidant pas.
Posez des questions, confrontez-moi si vous le voulez, je suis prêt à tout et cela me fera plaisir. Je désire terminer en souhaitant la meilleure des chances à mon successeur au poste de représentant régional des jeunes libéraux du Saguenay, en lui promettant ma collaboration en tant que président de notre Commission Politique et militant dévoué. Et qui sait, peut-être un club libéral étudiant pourrait-il voir le jour au Cégep de Jonquière cette année!
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