PAR ALEXIS ST-GELAIS
La blogosphère est en général un terrain très propice aux affrontements entre les idéologies de droite et de gauche, notamment au niveau économique. Le présent blogue n’y a pas échappé, bien entendu. Je m’intéresse moi-même à l’économie, où je m’inscris prudemment comme étant de centre-gauche. Bien que je ne connaisse pas en profondeur cette science, j’ai déjà fait quelques réflexions à ce sujet, comme par exemple mon billet sur l’extrapolation d’une théorie de Bastiat. J’y décrivais, d’une certaine manière et de façon j’en conviens un peu maladroite, ma conception de la richesse (basée sur le progrès plus que sur le simple fait de posséder des biens), mon opposition au néo-libéralisme et certaines tares du libre-marché théorique tel que défendu par les économistes libéraux. J’y écrivais entre autres ceci:
Très peu de gens consomment dans une optique macro-économique. Au contraire, la plupart visent à se positionner dans une situation où ils doivent payer moins pour en avoir plus, ou encore peuvent vendre plus en dépensant moins.
J’ai décidé de pousser un peu plus loin mes connaissances sur l’économie, jusque là plutôt empiriques, en bouquinant un peu. Ma seconde lecture (après l’Économie pour les nuls il y a un certain temps) est un manuel de niveau collégial ou de début de baccalauréat, Les agents économiques et l’économie de marché, qui expose les grandes lignes de la micro-économie (comportement des entreprises, fixation des prix, théories marginalistes, consommation, richesse et pauvreté…). En lisant les chapitres sur la consommation et les entreprises, j’ai réalisé que ce que j’avais d’abord pointé du doigt dans l’article sur la théorie de Bastiat était en fait fort probablement le défaut fondamental de tous les systèmes économiques.
L’incapacité de penser en termes macro-économiques* est extrêmement répandue chez tous les acteurs économiques, exception faite de l’État qui, par définition, tente de remplir ce rôle. Elle peut découler soit de l’égoïsme naturellement présent chez bien des êtres humains ou encore de l’ignorance pure et simple. Par ailleurs, ce défaut n’empêche pas uniquement le libre-marché de bien fonctionner, mais également les systèmes collectivistes avancés (socialisme et communisme).
La seconde phrase de ma citation du début de ce billet représente non pas un défaut, mais le mécanisme théorique du libre-marché pour la fixation des prix. Cependant, ce modèle suppose qu’un grand nombre de conditions soient respectées: circulation libre et instantanée d’une information parfaite, égalité de tous les paramètres autres que le prix dans la détermination du niveau d’offre et de demande (le ceteris paribus), atomisation parfaite des vendeurs et des acheteurs et absence de regroupement, et bien sûr rationnalité parfaite des acteurs économiques dans leurs décisions. C’est sur ce dernier point que l’incapacité de penser au niveau macro-économique vient fausser le jeu, car dès lors il est impossible d’atteindre la rationnalité parfaite. Le non-respect de cette condition fait s’écrouler toutes les autres. Les consommateurs se regroupent dans des associations de défense de leurs droits, les entreprises forment des oligopoles et des monopoles et tentent à tout prix de contrôler le prix et la demande (alors qu’elles devraient y être soumises), en faussant le jeu de la concurrence. On applique le raisonnement exposé dans la seconde phrase de ma citation à un point qui dépasse le simple mécanisme de la théorie, en tentant de contourner les règles.
Si tous les acteurs étaient en mesure de procéder à des raisonnements macro-économiques rationnels et posés, ils comprendraient qu’il est dans leur intérêt d’au contraire chercher à maintenir en place les conditions de bonne marche du libre-marché. En effet, chaque acteur individuel qui vient briser l’une des conditions, par exemple une entreprise qui a recours au dumping pour éliminer ses concurrents, mine l’ensemble du libre-marché et finira à terme par en pâtir. La courte vue de l’homme l’empêche de voir que si l’on généralisait un comportement qui dans l’immédiat l’avantage, tous y compris lui-même s’en trouveraient appauvris. L’égoïsme ou l’ignorance (qui d’ailleurs peut provenir du non-respect de la condition de l’information…) sapent les fondements du libre-marché en rayant le raisonnement macro-économique.
Il en va de même pour une économie socialisée. Dans un tel cas, pour que le système fonctionne rondement et dans l’intérêt de tous, chacun des acteurs doit accepter de se soumettre aux conditions qui y sont inhérente, notamment: renonciation à l’enrichissement et la propriété privée, acceptation de la stabilité des prix et des revenus, fin des ambitions personnelles d’ascension sociale et de contrôle des autres et abandon des intérêts individuels pour travailler au bien-être collectif. Là encore, la dernière condition énoncée ne peut être respectée à cause de la carence en raisonnement macro-économique. Si chacun acceptait de travailler au bien commun, tous bénéficieraient en théorie de meilleures conditions. Cependant, il se trouvera forcément des individus qui tenteront de tirer profit de la situation et de s’élever au-dessus de leurs semblables, en travaillant pour eux seuls et non pour tous incluant eux-mêmes. Ne raisonnant pas à l’échelle de la collectivité mais uniquement à la mesure de leur propre personne, ils entraîneront peu à peu la chute du système collectiviste.
Nous sommes donc au final en quelque sorte prisonniers du modèle économique mixte auquel nous sommes actuellement soumis, à moins de trouver une meilleure solution. Ce même système pâtit encore de l’incapacité à penser en termes macro-économiques, par exemple lorsque des individus refusent de payer de l’impôt par divers moyens légaux ou non. Ils rejettent ainsi le raisonnement large selon lequel l’impôt permet à l’État de financer des services auxquels tous ont accès. Les pertes fiscales causées par l’attitude de ces individus affaiblissent le système en alourdissant le fardeau reposant sur l’épaule des autres et en réduisant la qualité des services, ce qui finit à terme par nuire à l’ensemble des acteurs économiques. Toutefois, notre système imparfait est plus souple que les extrêmes libéraux et socialistes/communistes, pouvant faire en sorte de limiter le défaut du raisonnement macro-économique en s’ajustant à la situation qui évolue constamment. Il en découle un modèle économique très imparfait, comportant de nombreuses failles, mais pour cela nous ne pouvons blâmer que notre propre incapacité à penser en termes larges plutôt qu’individuels.
Voilà donc, en termes un peu plus clairs, pourquoi je défends ce système économique mixte si imparfait!
*La macro-économie est la branche de l’économie qui étudie les phénomènes et besoins collectifs . Elle se penche par exemple sur le chômage, l’effet des taux d’intérêt sur les ménages, l’inflation, les politiques de l’État, etc. Elle tente également de prévoir les performances économiques à long terme. Par opposition, la micro-économie se concentre plutôt sur l’agent économique individuel: choix, consommation, entreprises, etc.

Numéro 1 comme article !
2 cours d’économie du collégial résumé en 1 page : Économie globale et relations économiques internationales.
La science économique se base sur la capacité de l’humain à acquérir des biens et à développer son environnement. Les règles du libre-marché sont libres tant et aussi longtemps que ceux qui font en sorte qu’il y a libre-marché respectent les règles.
Les doctrines libérales et radicales (interventionnistes) sont des principes de base qui permettent l’établissement de critères pour évaluer la situation économique. Comme on l’apprend en relations économiques internationales, l’économique ne sert à rien sinon qu’à comparer des choses ensemble, exemple les avantages absolus et relatifs entre eux. Tout ce qu’on veut savoir, au bout du compte, c’est comment faire pour maximiser des ressources en fonction d’avoir le plus de bénéfices. Qu’on soit communiste ou libéral, le but est le même, atteindre le meilleur pour la population. De là, les abus découlent.
Le système économique est aussi régit par des lois… Si quelque chose n’est pas clairement écrit, qu’il y ait abus au sens éthique, la loi n’étant pas là, donc il n’y a pas de faute.
La mixité du système actuel fait en sorte qu’on est plus libre au plan individuel. N’oublions pas que nous obéissons tous à un contrat social, en faisant des concessions pour se permettre l’assurance de libertés plus fondamentales que d’autres. Payer de l’impôt, c’est renoncer à des achats pour avoir accès à tels ou tels servicess. Le contrat social n’est pas définit pareillement pour tout le monde malheureusement, alors certains s’en sauvent.
Le gros manquement dans notre système, c’est la présence d’une autorité assez rigide pour empêcher l’évasion. Mais rendu à cette étape, c’est de la surveillance et de l’écoute chez tous les individus et c’est brimer la liberté.
Je crois donc que dire qu’il y a un défaut dans notre système est un fait, mais il est nécessaire.
Je préfère savoir qu’il y a 150/151 assistés-sociaux qui abusent et ne devraient pas en recevoir tant et aussi longtemps qu’il y aura une seule personne qui aura accès de bonne foi à ce système.
Certains abusent et “s’évadent”, mais tant qu’il y aura une majorité qui participera à l’économie libre, le principe est bon.
@ Alexis
«les entreprises forment des oligopoles et des monopoles et tentent à tout prix de contrôler le prix et la demande (alors qu’elles devraient y être soumises), en faussant le jeu de la concurrence.»
Oh, ici, je ferais attention.
Aujourd’hui, dans une société dite de «libre-marché» typique occidentale, s’il y a présence de monopoles, c’est parce que l’État a une grande responsabilité dans le dossier. Cette responsabilité peut-être divisée en deux : soit que le dit monopole soit étatique (ex : Hydro-Québec), ou bien, qu’il n’y ait aucune souplesse au point de vue des réglementations imposées par l’État. Un très bon exemple de ce deuxième point ; les télécommunications au Cadenas. Il n’y a pas si longtemps, Bell Cadenas™ prenait énormément de place (voire toute?) dans le domaine des services de communication au pays. Depuis quelques temps, le domaine de la téléphonie a été dérèglementé (remercions Max «Jos Louis» Bernier), ce qui a permis un réel environnement de concurrence dans le domaine. Aujourd’hui, on ne compte même plus les nouveaux abonnés de la téléphonie par câble de Videotron™, l’implantation des infrastructures de Rogers™ pour la télécom, etc. Plus de souplesse étatique = les monopoles tombent.
Le principe du libre-marché, l’un des seuls qui permet vraiment de créer de la richesse nette, se veut un principe d’innovation où les particuliers sont appelés à innover pour concurrencer celui ou ceux qui dominent localement le domaine économique visé. Ça motive donc les gens à partir en business !
“Très peu de gens consomment dans une optique macro-économique. Au contraire, la plupart visent à se positionner dans une situation où ils doivent payer moins pour en avoir plus, ou encore peuvent vendre plus en dépensant moins.”
C’est une vérité de la Palice ici, c’est dans le compromis qu’acheteurs et vendeurs se rencontrent au lieu de faire face à un marché de monopole où l’état fixe le prix d’une façon un peu aléatoire et despotique.
En passant, petit conseil Alexis, ne lis pas trop de truc pour les nuls et cette pop-psychologie de l’économie. De un, tu as une capacité intellectuelle supérieure pour ce genre de trucs et de deux, on risque d’y retrouver toute sorte de charlatans dans ces bouquins qui vont davantage t’induire en erreur qu’améliorer ta compréhension globale de l’économie.
@ Léonard Langlois: Merci!
@ Maxime Guérin: “Si quelque chose n’est pas clairement écrit, qu’il y ait abus au sens éthique, la loi n’étant pas là, donc il n’y a pas de faute.” Effectivement, au sens légal. Je ne dis pas d’ailleurs qu’il faille punir qui que ce soit qui se tienne dans les limites de la loi. Toutefois, un marché complètement libre suppose en théorie le respect de certaines normes non-écrites, comme le fait de ne pas s’associer. Cela se produit rarement, d’où ma constatation du déficit de raisonnement macro-économique.
“Je préfère savoir qu’il y a 150/151 assistés-sociaux qui abusent et ne devraient pas en recevoir tant et aussi longtemps qu’il y aura une seule personne qui aura accès de bonne foi à ce système.” Là-dessus, nous sommes tous les deux bien d’accord!
@ Frankie: Je ne parlais pas de tous les cas, mais les monopoles et oligopoles existent bel et bien encore (qu’ils soient du ressort de l’État ou non). D’abord, les théories du libre marché supposent qu’un produit uniforme soit vendu par une grande quantité d’entreprises. Dès qu’une entreprise vend un produit disposant de caractéristiques qui le différencient notablement des autres produits semblables mais non similaires, la compagnie détient un “mini-monopole”. De même, les brevets sont tous des monopoles au sens où ils restreignent la libre circulation de l’information, autre condition requise au libre marché. Il y a même des monopoles sectoriels (j’en prends à témoin Québécor qui a mis fin au journal “La Primeur” à Jonquière, qui concurrençait directement “Le Réveil”, en rachetant l’imprimeur du premier journal pour l’affamer). Enfin, pour reprendre l’exemple des entreprises de communication, qui demain matin voudrait tenter sa chance contre Vidéotron, Bell et Rogers? Ces trois entreprises forment dans les faits un oligopole, car elles sont si grosses que les chances qu’un nouveau joueur majeur s’impose face à elles sont extrêmement faibles et qu’elles disposent de beaucoup de pouvoir pour l’empêcher.
Ce ne sont certainement pas toutes les entreprises qui ne rêvent pas de pouvoir contrôler d’une certaine façon la demande et le prix. C’est même, à la limite, un réflexe normal. Quant à la capacité du libre-marché de créer de la richesse, je vous invite à relire mon texte sur la théorie de Frédéric Bastiat. De mon côté, j’ai des doutes sur l’absolu de cette théorie…
@ Tym Machine: Je suis conscient que ma seconde phrase ne fait que décrire un mécanisme normal de la théorie du libre-marché. Je le souligne d’ailleurs dans mon billet. Cependant, la pensée macro-économique devrait normalement permettre une plus grande rationnalité des agents économiques, en les empêchant d’outrepasser le contrat moral que représente les conditions de maintien du libre-marché, ce qui n’est pas le cas dans la réalité.
Et rassurez-vous, “L’économie pour les nuls” était une lecture qui était surtout là pour m’amuser et je n’en ai pas beaucoup appris. Le livre que je consulte actuellement, et qui sera suivi de plusieurs autres, est beaucoup plus sérieux puisqu’il s’agit d’un condensé de notes de cours d’économie. Mon objectif est d’être un brin auto-didacte dans ce domaine, puisqu’il est impossible au Québec de suivre un certificat d’économie par correspondance. Dommage, d’ailleurs, je l’aurais fait de soir en marge de mes études…
Je me permets d’ailleurs d’ajouter une autre considération bien personnelle, que vous pouvez commenter: un marché libre ne veut pas dire la liberté. Les conditions posées par les économistes libéraux pour que leurs modèles fonctionnent sont autant de lois, pas forcément écrites, qui doivent être respectées par tous: le marché libre pose donc plusieurs contraintes à la liberté absolue. La sanction, si elles ne sont pas respectées, sera la fin de ce marché libre.
«qui demain matin voudrait tenter sa chance contre Vidéotron, Bell et Rogers? Ces trois entreprises forment dans les faits un oligopole »
Dans l’optique d’une réelle société de libre-marché, ça peut être une entreprise étrangère qui s’implante ici et qui leur fasse compétition. D’ailleurs, ça ne fait pas si longtemps que la dérèglementation a eue lieu en matière de télécoms au pays. Donc, comme dirait un économiste classique, il faut attendre et laisser faire.
Deuxième point : il ne faut pas être non plus obsédés par le principe d’oligopole. Principalement lorsqu’on parle du marché québécois, un marché de huit millions d’âmes, donc un marché passablement limité en quantité (mais pas en intelligence et innovation
). Si tu me disais qu’il n’y a que 3 ou 4 entreprises de télécoms aux USA, là je te dirais que c’est assez curieux, mais 3 ou 4 ici, avec les investissements que ça implique au niveau de l’infrastructure, ingénieurs, techniciens, programmeurs (pour avoir déjà fait un stage dans le domaine), je me dis qu’en bout de ligne, il commence à y avoir une saine compétition au niveau national (lorsqu’on compare à il y a 10 ou 20 ans).
@Frankie
En effet, on ne pourra briser l’oligopole que par une entreprise étrangère qui n’est pas habituée aux limites du marché canadien.
Deutsche Telekom est déjà aux USA. Et, bien entendu, les compagnies américaines pourraient offrir leurs généreux et abordables forfaits aux Canadiens sans trop de problème.
Roaming Rogers aux USA: 2.25$C la minute
Roaming Verizon au Canada: 0.49$C la minute
@ derteilzeitberliner
«Deutsche Telekom est déjà aux USA»
Un Berlinois qui fait du placement de produit en nous disant que la D.T.™ est présentement en sol américain … très intéressant. Je n’ai aucune arrière-pensée en te demandant cela, mais d’un point de vue global, à ce que tu peux constater sur le terrain, est-ce que l’élite allemande a un désir de grande expansion commerciale en ce moment ? Par exemple, est-ce qu’ils ont un potentiel réel de dominer un secteur entier de l’économie au niveau supranational, un peu comme le Japon avec l’électronique et la voiture bon marché ? Je sais que vous avez à la maison de bons ingénieurs mécaniciens et que votre force a longtemps été dans la conception de machines (automates). Je serais curieux de voir une mise-à-jour de votre évolution …
L’Allemagne tient à son titre de premier exportateur mondial, mais voilà que les secteurs traditionnels sont en baisse avec les transferts de production industrielle hors du pays.
Alors il faut donc le réinventer, et on pense au secteur des services. En même temps, l’Europe oblige le démantèlement des monopoles d’État et ceux-ci se voient donc concurrencés sur leur propre terrain. Alors, ils font la même chose!
Deutsche Post, Deutsche Telekom, Deutsche Bahn… La première salive à l’idée d’ouvrir des bureaux de poste hors de l’Allemagne (et possède déjà DHL), la seconde achète des réseaux entiers (Europe de l’Est, USA) pour récuperer les pertes de clients domestiques, la troisième investit déjà en Grande-Bretagne et est prête à affronter l’ouverture du rail allemand.
De même, Lufthansa a acquis Swiss et d’autres petites lignes aériennes européennes pour diversifier ses activités.
Parallèlement, ils n’ont pas peur de voir arriver l’étranger sur leur terrain. Bombardier est le premier fournisseur de Deutsche Bahn, le siège de sa division Transport est d’ailleurs déménagé de Boucherville à Berlin pour se rapprocher des gros clients. Que ce soit canadien, c’est un détail puisque ça n’a pas d’impact sur le produit.