PAR MYRIAM L.
C’est avec grande habileté que Michael Ignatieff, nouveau chef du Parti libéral, a réussi à se sortir de l’impasse. En appuyant le budget présenté mardi en chambre par le Ministre Flaherty, M. Ignatieff a su conserver sa crédibilité, augmenter sa popularité et se débarrasser de la coalition. Bons coups stratégiques, il faut le lui concéder.
Rendu à un tel stade, il en était mieux ainsi pour tout le pays que le glas ait sonné pour une coalition qui battait sérieusement de l’aile et ne tenait plus que sur papier. D’une alternative intéressante à prendre en considération lors de sa création à la suite d’un énoncé économique purement idéologique, la coalition avait passablement perdu de sa crédibilité avec la deuxième mise à mort de Stéphane Dion – oui, sa destinée l’avait amené à être chef du PLC par erreur, mais heureusement elle n’a pas poussé jusqu’à le laisser devenir premier ministre par erreur – et son remplacement par Michael Ignatieff, élu par acclamation, ou par désistements et élimination devrais-je dire, qui
semblait beaucoup moins chaud à l’idée de traîner le boulet qu’était devenue cette coalition. Un boulet que Stephen Harper s’était bien chargé de faire solidement enchaîner au pied de ses signataires, les rendant prisonniers à moyen terme de leur décision concertée, en prorogeant la chambre de façon précipitée au mois de décembre. Une stratégie globale bien calculée, révélant la vraie nature des conservateurs, bref rien de mieux pour tuer le projet de coalition dans l’oeuf et s’assurer le pouvoir.
Malgré tout, la coalition aura bien servi à une chose, il faut le reconnaître: elle a retranché les conservateurs dans leur camp. Se retrouvant, pour une fois depuis bien longtemps, devant une opposition réellement prête à le renverser, Stephen Harper n’a eu d’autre choix que de s’adapter à leurs demandes et à regarder en face la conjoncture économique qui avait amplement eu le temps de se détériorer avant que les conservateurs ne se retrouvent obligés de réagir. En devenant une sorte de boulet collectif, autant pour les partis d’opposition que pour Stephen Harper, la coalition aura du moins permis le dépôt d’un budget de relance aux saveurs libérales.
Michael Ignatieff avait-il vraiment le choix d’appuyer le budget? Face à un budget qui possède des lacunes, certes, mais exempt de mine antipersonnel, pas vraiment. En fait, il était bien plus avantageux stratégiquement parlant pour lui d’y donner son aval et de trouver un moyen de bien s’en sortir – il s’agissait tout de même de sa première décision d’important à prendre, point déterminant pour un chef - que de manier une galère dont il ne souhaitait même pas l’existence. Et encore, si ce n’avait pas été du fait de mener la coalition, ç’aurait été celui de justifier de nouvelles élections. En outre, il s’agit tout de même d’une sage décision, car le pays n’a pas besoin d’une crise politique ranimée et encore moins de nouvelles élections qui retarderaient l’application des mesures de relance.
Autre coup habile de la part d’Ignatieff camouflant sa quasi-obligation morale d’appuyer le budget lui permettant ainsi de faire valoir sa collaboration plutôt que sa soumission: la présentation d’un amendement demandant la production de rapports trimestriels sur l’avancement du plan de relance. Habile, pourquoi? Parce que les dates choisies correspondent aux périodes au cours desquelles le gouvernement a l’obligation de donner à l’opposition des ”journées d’opposition”. Belle occasion pour présenter une motion de censure! Ajoutons à cela que les occasions de faire tomber le gouvernement conservateur ne manqueront pas cette année, déjà que le budget prévoyait déjà la présentation de deux rapports d’étape sur la mise en oeuvre du plan de relance économique, soit en été et un autre au cours de la première semaine de session suivant le congé estival.
La peur ou l’espérance, tout dépendamment, d’élections fédérales dans un avenir très proche peuvent donc être écartées, mais pourraient resurgir plus tôt qu’on ne le pense.

Bon billet. Bonne analyse, libérale quand même… Certes, il s’agit de stratégie, mais je crois que nous sommes dans une situation (économique et environnementale) où – pour paraphraser Obama, l’on doit mettre de côté la partisannerie. À mes yeux, ce budget est innaceptable car il ne présente pas de mesures concrètes pour supporter l’économie, pour protéger les travailleurs et les citoyens tout en évitant d’investir sérieusement dans les mesures environnementales.
Ce budget est un cadeau aux banques (injection de 200 milliards) et aux pétrolières (aucune application des mesures suggérées par Kyoto ou autres protocoles). Personnellement, je crois que Stephen Harper, appuyé par Ignatieff et le Parti Libéral, répond aux directives de l’Economic Club, des lobbies économiques et des nombreuses chambres de commerce.
Pathétique si tu veux mon avis.