PAR ALEXIS ST-GELAIS
L’élection fédérale de 2008 s’achève avec deux gagnants, une performance honorable et deux perdants relatifs. C’est l’équivalent grossier de ce qui s’était produit lors du débat des chefs en français, mais les places sont changées: Layton et Harper remportent la faveur populaire, et c’est Elizabeth May qui s’en sort plutôt bien même sans avoir été élue. Quant à Duceppe et Dion, ils ont tous les deux perdu du terrain, l’un en termes de votes, l’autre en terme de crédibilité, d’avenir et de sièges.

Mon impression est plutôt mitigée par rapport aux résultats. D’une part, je me réjouis du fait que les conservateurs n’aient pas obtenu leur majorité, et dans une certaine mesure, je ne suis pas mécontent que Jean-Pierre Blackburn ait conservé son fief de Jonquière-Alma (d’ailleurs, les sondages publiés pendant la campagne étaient extrêmement trompeurs, M. Blackburn obtenant environ 7000 voix de majorité). D’un autre côté, l’augmentation de la députation conservatrice me déçoit, d’autant plus qu’elle écarte toute possibilité de coalition PLC-NPD. C’est ce dernier scénario que j’aurais préféré voir se produire.
Le NPD et Jack Layton ont bien fait. Il est très rare que ce parti soit capable de s’élever au-delà de 35 sièges, d’autant plus qu’il a fait élire pour la toute première fois des députés oranges lors d’une élection générale au Québec et à Terre-Neuve. La crédibilité de Jack Layton est réaffirmée, et il sera probablement un chef de parti d’opposition vigoureux qui mènera encore ses troupes au combat lors du prochain scrutin général.
Gilles Duceppe n’a pas de quoi être effondré, mais rien pour pavoiser non plus. Le BQ, malgré les signaux encourageants de fin de campagne, n’a pas réussi à faire mieux qu’aux dernières élections, et son appui populaire a significativement diminué. D’ailleurs, il faut souligner que le Bloc ne mérite pas vraiment d’avoir autant de sièges: dans un système proportionnel, il y en aurait au plus une trentaine, alors que le NPD pourrait dépasser la cinquantaine et le parti vert en obtenir environ vingt. Au Saguenay-Lac-St-Jean et dans Québec, c’est l’échec. Ils n’ont même pas réussi à battre Justin Trudeau – même si l’élection du fils de l’autre pourrait donner un souffle nouveau au courant souverainiste, en cas de déclarations centralisatrices intempestives.
Quant à Stéphane Dion, il ne durera sans doute pas jusqu’à Noël à la tête de son parti. Le PLC est en plein marasme et doit se restructurer sous la férule d’un nouveau chef plus charismatique et faisant plus l’unanimité. Ce qui est dommage, c’est qu’en écartant Dion, le PLC risque de se priver d’un ministre potentiel compétent. Les libéraux sauraient-ils pardonner à leur chef et le laisser demeurer au sein des têtes d’affiche libérales? Quant à son successeur, il devrait s’agir sans grande surprise d’Ignatieff ou de Rae. Le premier, hier soir déjà, a donné à Bernard Derome une réponse respectueusement enrobée, mais laissant entendre que l’ère Dion était bien terminée au PLC. Il plaçait ainsi ses pions pour la suite…
Elizabeth May a réussi à donner aux verts de la visibilité et un peu d’envergure. Ce n’est pas demain la veille qu’ils auront un député élu à la Chambre des Communes, mais c’est déjà mieux qu’avant, alors que le PVC n’avait aucune crédibilité.
Autre conclusion que je tire de cette campagne électorale: se lancer en politique en bas de 30 ans est en règle générale une bien mauvaise idée. Je n’en doutais pas vraiment, mais le sort de Chantale Bouchard (BQ Jonquière-Alma, elle a 28 ans), René Roy (PLC Beauce, 26 ans) ou Antoine Sarrazin-Bourgouin (BQ Lotbinière–Chutes-de-la-Chaudière, moins de 25 ans), par exemple, confirme cette tendance. Le mot d’ordre pour les jeunes qui veulent se lancer en politique est donc: patience…
Ce qui me déçoit le plus est sans doute que les conservateurs ont un chèque en blanc pour gouverner, même minoritaires. Tant que les libéraux ne se seront pas restructurés, ils n’oseront défaire Stephen Harper, qui pourra donc faire à peu près tout ce qu’il veut à la Chambre des Communes pour un moment. En outre, on n’a jamais vraiment entendu, cette fois-ci, ce qu’Harper et son gouvernement comptaient faire, comme ça avait été le cas en 2006… Espérons donc un gouvernement minoritaire qui ne vivra pas trop vieux sans raisons.
Du côté provincial, le PLQ tentera-t-il le diable en allant en élections dès l’automne? Cela pourrait lui retomber sur la tête, car nul n’appelle la population aux urnes à répétition sans conséquences. Stephen Harper s’est lancé alors que les sondages lui étaient très favorables, mais où son organisation n’était pas prête. Il en serait peut-être de même au provincial. Seul l’avenir pourra nous le dire, mais nous devrions néanmoins être fixés bientôt.

À te lire, je me dis encore plus que le Bloc devrait tirer sa révérence dès le déclenchement des prochaines élections fédérales pour ne pas vous donner trop de munitions dans le cas où leurs appuis tomberaient pour toutes les raisons évoquées… Un Bloc de plus en plus affaibli ne serait pas une bonne nouvelle pour mon camp.
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Quatre citoyens sur dix ne votent pas. N’est-ce pas là un signal d’alarme?
Ça arrange qui au juste?
Ce que tu décris, la proportionnelle mixte, est selon moi aussi le système le plus près du système idéal, faisant juste assez de place aux tiers partis, sans se retrouver continuellement en gouvernement minoritaires, comme un vrai système proportionnel.