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sept
08

La loi “désordre”?

Note: Sur le blogue du Petit Émérillon, un certain Algo [Aigo] répond avec intelligence à l’analyse que je fais ici. Je me rends compte que je pèche par procès d’intention; aussi, certaines parties de l’article seront modifiées en conséquence comme suit: ancienne partie [nouvelle partie]. J’ai par là tenté de mettre en relief que mes suppositions sont justement de pures hypothèses, et que les conservateurs ne pensent probablement pas de cette façon même s’ils pourraient le faire.

Stéphane Dion a encore manqué l’avion. Le programme électoral imposant du Parti libéral du Canada est demeuré relativement peu couvert par les médias, et ce en dépit de la grande importance que le dépôt d’un programme complet revêt dans le cadre d’une campagne électorale. Au fait, est-ce réellement Stéphane Dion et son parti qui se sont fourvoyés dans leur lancement, ou le monde journalistique a-t-il été trop prompt à se précipiter sur Stephen Harper, grand “héros” de cette campagne, et ses promesses de justice pour les jeunes contrevenants? Vous y apporterez la réponse que vous voudrez, mais il n’en demeure pas moins que la position conservatrice sur la loi et l’ordre, en particulier chez les jeunes, possède [peut posséder] un petit côté intellectuellement frauduleux.

Je ne ferai pas la dissection en long et en large des bienfaits de la prévention et de la réhabilitation. De nombreux journaux se sont déjà prêtés à l’exercice et le blogueur du Petit Émérillon a déjà bien exposé la réalité québécoise qui permet de conclure par l’épreuve des faits que la répression pure et simple en matière de criminalité n’arrange pas forcément les choses. D’ailleurs, Alain B. a effectué à cause de cette question un spectaculaire retournement en faveur du NPD et, dans une moindre mesure, des libéraux et des verts. Je le salue d’ailleurs, car c’est lui qui m’a inspiré le propos de ce billet.

Ce que je désirais souligner, et qui constitue une autre excellente raison de ne pas appuyer les conservateurs [sur la question de la loi et l'ordre], c’est que ceux-ci n’ont absolument [électoralement] pas avantage à réellement régler des problèmes de criminalité. Outre le fait que cette même criminalité soit bien plus le résultat d’une surexposition médiatique d’événements isolés que d’un réel problème de société, la fraude intellectuelle est bien là [est bien susceptible de surgir là]. La condition sine qua non de l’utilisation du thème de la loi et l’ordre en campagne électorale est l’existence d’un problème réel ou perçu dans ce domaine. Ainsi, pour que [si] les conservateurs soient [veulent être] en mesure de proposer, d’élection en élection, de “rehausser la sécurité nationale” et “rendre justice aux criminels”, ils doivent impérativement s’assurer que dans les faits aucun problème ne se règle. Si une telle chose venait à se produire, ou que la population finissait simplement par avoir l’impression d’être plus en sécurité, le PC sous sa forme actuelle perdrait un argument électoral colossal, qui attire toujours les journalistes et fait tant jaser qu’on en oublie complètement le programme complet de ses principaux adversaires.

L’objectif inavoué des conservateurs [(qui ne veut pas forcément dire qu'ils adoptent la stratégie que je présente ici)] est que la population associe un gouvernement bleu à la notion de sécurité, et d’une autre couleur à un sentiment de crise et d’explosion de la criminalité. Si un jour la conclusion devait s’imposer que cette dernière avait chuté de façon durable, les électeurs se sentiraient sans doute beaucoup plus à l’aise de défaire un gouvernement conservateur, puisque le problème serait réglé! La voie est donc toute tracée [et il pourrait être tentant de l'emprunter]. En misant sur le sentiment de crainte face aux jeunes d’une société vieillissante (rappelez-vous notre situation démographique) où l’on a vite tendance à dire que les valeurs foutent le camp chez la génération montante, les conservateurs peuvent impunément miser sur la répression des jeunes contrevenants (qui sont assez rares, somme toute). La solution est d’autant plus commode que cette tranche d’âge n’a pas droit de vote et ne représente donc aucun danger de représailles électorales. Une fois bien installés au pouvoir, il ne restera [resterait] plus à Stephen Harper et à ses sbires qu’à prétendre régler des problèmes, mais en maintenant toujours cette tension, cette peur larvée des (méchants) criminels au sein de la population. Dans les faits, ils ne doivent [devraient] surtout pas trop influencer positivement le taux de criminalité, histoire de se garder des munitions pour la prochaine campagne. C’est donc la loi “désordre” qui règnera règnerait à Ottawa sous les conservateurs, dans une atmosphère bassement partisanne qui insulte l’intelligence de l’électeur et attise irresponsablement les craintes à la base légitime des citoyens canadiens. [Bien sûr, rien ne prouve que les conservateurs agissent comme ils le font dans le dossier de la loi et l'ordre pour ces raisons et non pas uniquement par idéologie.]

Il est [de toute manière] navrant de voir à quel point il est devenu facile pour notre Premier Ministre d’évacuer le débat consistant de la place publique pour y substituer des écrans de fumée comme l’éternel thème de la loi et l’ordre.


5 Réponses vers “La loi “désordre”?”


  1. 24 septembre 2008 à 15:57

    “Il est [de toute manière] navrant de voir à quel point il est devenu facile pour notre Premier Ministre d’évacuer le débat consistant de la place publique pour y substituer des écrans de fumée comme l’éternel thème de la loi et l’ordre.”

    Le problème comme le soulignaient judicieusement plusieurs chroniqueurs, c’est que la gauche est divisée en 4 partis alors que la droite patine quasiment toute seule de l’autre côté.

    Et comme sur beaucoup d’enjeux, les gens sont divisés 50-50, Harper utilise la stratégie de diviser pour régner et ça marche.

    Un peu comme la stratégie du Bloc de gagner parce qu’un comté est 50-50 fédéraliste-souverainiste mais que des 50% souverainistes, tu pars avec 35-40% de votes assurément (si on exclut beaucoup de souverainistes de droite qui vont voter conservateur ou autre).

    On n’est plus comme dans le temps de l’Alliance et des conservateurs-progressistes qui divisaient le vote de droite en 2 et laissait se faufiler les libéraux, le NPD étant alors encore dans la marginalité. Aujourd’hui, si on exclut le phénomène Bloc au Québec, dans le ROC, c’est rendu le vote de gauche qui est divisé entre les libéraux et le NPD et maintenant les “greens”.

  2. 24 septembre 2008 à 23:16

    Mon pseudo, c’est Aigo, pas Algo. Mais tu n’es pas le premier à faire cette erreur. ;-) En tout cas, coup de chapeau pour ton autocritique.

  3. 25 septembre 2008 à 09:28

    Bon billet Alexis. Pour ce qui est de la stratégie électorale, les conservateurs visent ici leurs racines de l’ouest canadien et, je crois, les gens de Toronto qui ont connu leur juste part de violence urbaine…


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