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mai
08

L’ADQ en prend pour son rhume

La tendance se maintient dans les élections partielles, pour reprendre l’expression consacrée. Sans grande surprise, libéraux et péquistes conservent leurs positions. Les partielles ont surtout été le théâtre d’une luttre pour la troisième place, assez brillament remportée par le Parti Vert du Québec et par Québec Solidaire respectivement dans Bourget et Hull. Mais cela n’est peut-être pas tant dû à l’intérêt envers ces deux partis (qui font quand même de plus en plus jaser et qui mériteraient chacun quelques sièges à l’Assemblée Nationale, en toute justice démocratique) qu’à la chute vertigineuse de l’ADQ, dont on peut commencer à douter de la capacité à survivre au-delà des prochaines élections.

Ce sont là des projections bien pessimistes à l’endroit de ce parti, certes. Mais peut-on réellement espérer que Mario Dumont, politicien sans doute doué à certains égards mais somme toute loin d’être un grand leader, rebondisse et prenne tout le monde par surprise? L’ADQ retrouvera sans doute, aux prochaines élections, la place qui lui était réservée en 2003 et qui était, au mieux, anecdotique. Cette fois-ci, toutefois, la donne est bien différente: on passerait du statut d’opposition officielle à celui de parti relativement marginal, une régression extrêmement douloureuse qui risque fort de provoquer des bouleversements insurmontables à l’interne. On a déjà pu avoir un avant-goût de ces déchirements lors des dernières semaines, avec les démissions et sorties de militants adéquistes contre leur propre parti. Pour reprendre le cliché, les rats quittent le navire…
Le meilleur conseil que l’on puisse donner aux adéquistes, à l’heure actuelle, est de délaisser leur formation, ou à tout le moins de commencer à lorgner ailleurs. En effet, la remise en question du leadership de Mario Dumont ne donnerait pas de meilleurs résultats: l’ADQ est, depuis ses débuts, le parti d’un seul homme, et son intransigeance montre bien à quel point il entend conserver cette position. Advenant son départ, toute la machine adéquiste s’effondrerait peu à peu, à défaut de quiconque capable de reprendre le flambeau durablement. À l’image de l’Union Nationale, l’ADQ s’éteindrait à la mort du chef, peut-être avec une brève renaissance advenant l’élection de Gilles Taillon comme nouveau dirigeant (comme pour Daniel Johnson), avant de disparaître purement et simplement.
Suite à ces événements, que je considère comme de plus en plus probables, la grande question est de savoir ce qu’il adviendra de la politique provinciale. Si un mode de scrutin ouvert à la proportionnalité n’est pas instauré, il y a fort à parier pour qu’une tierce force politique émerge à nouveau, et je me permets de douter que ce soit Québec Solidaire. Le Parti Vert pourrait éventuellement y parvenir, mais aura un travail de titan à abattre pour se doter d’un programme crédible et d’une visibilité qui dépasse le simple clip écolo. L’émergence probable de ce troisième pouvoir malgré le déclin adéquiste est le résultat d’une certaine tendance, au Québec, à vouloir changer de paradygme politique périodiquement. L’opposition PLQ-PQ ne satisfait plus tout le monde, et nombreux sont ceux qui désirent avoir un troisième choix raisonnable, qui finira éventuellement par supplanter l’un des deux autres. Si l’on se fie à l’histoire et à la cohésion à toute épreuve du PLQ, c’est le PQ qui a le plus à craindre de ce revirement de situation, à plus forte raison lorsque l’on constate que sa députation notable vieillit de plus en plus sans se renouveller. Quelle sera la nature de ce troisième pouvoir, seul l’avenir pourra nous le dire.
Dans tous les cas, à la place de Mario Dumont, je me préparerais à de longs mois très difficiles, et je réitère les constatations faites à ce propos dans un de mes tout premiers billets sur ce blogue. Peut-être certains plans pour une carrière ultérieure ne seraient-ils pas superflus. Qui sait, Mario Dumont deviendra-t-il le porte-drapeau des conservateurs au Québec? Cela serait encore sa porte de sortie la plus profitable, d’autant plus que la députation conservatrice québécoise actuelle est de temps à autres fort ridicule.

5 Réponses vers “L’ADQ en prend pour son rhume”


  1. 1 Gaston Hudon
    13 mai 2008 à 14:40

    Je suis persuadé que la plupart des critiques des idées de l’ADQ n’ont jamais pris la peine de lire la plate-forme électorale de ce parti. Malgré certaines erreurs stratégiques, l’ADQ a soulevé certains points politiques plus que légitimes au cours des derniers mois. Prenez l’inaction du gouvernement Charest dans le dossier de la contrebande de tabac. Cet épisode révèle la nouvelle stratégie libérale : agir et gouverner le moins possible pour ne pas froisser certains groupes. Or, il est inadmissible que par manque de courage, le trésor québécois s’appauvrisse. Avant de juger de la profondeur des idées de l’ADQ, informez-vous donc un tant soit peu. Après, vos commentaires seront pertinents. Autrement, vous ne faites que de l’ADQ « bashing ».

  2. 2 Alexis St-Gelais
    13 mai 2008 à 16:18

    Ce qui se passe actuellement ne concerne nullement les positions adéquistes. Si le parti soulève des points pertinents, c’est tout à son honneur; force est de constater toutefois que le message ne passe pas et que l’ADQ est discréditée. Je n’ai jamais prétendu juger de la “profondeur des idées de l’ADQ”, mais uniquement de sa situation politique et de son image. Dans notre système, cela compte parfois plus que les idées, et je ne suis pas de ceux qui s’en réjouissent le plus.

  3. 3 lutopium
    13 mai 2008 à 17:27

    Bon billet… Nous en arrivons aux mêmes conclusions… Une petite réaction au commentaire de M. Hudon: y’a bien d’autres façons pour l’état québécois de percevoir des taxes. Mauvais choix politique que de soulever cette question. Que vous soyez pour ou contre n’a pas d’importance, toute question qui est reliée de près ou de loin aux amérindiens est en soi une canne de vers. Si M. Dumont n’a pas encore appris ça après tant d’années comme député, il ne deviendra jamais premier ministre. Pourtant, il y a la tribu des Malécites (je crois) dans son comté, non?

  4. 4 Jimmy St-Gelais
    14 mai 2008 à 08:25

    @gaston hudon

    L’ADQ n’est pas crédible et son nouveau programme est assez flou pour ne pas s’engager en rien de concret. Sa plate-forme n’est qu’une version plus soft de son ancien programme purement réactionnaire et néolibéral.

    L’ADQ ne veut qu’une chose: revenir en arrière et instaurer une bonne vieille ploutocratie bourgeoise tapant sur les travailleurs et leurs acquis.

    Ne tentez pas de nous en montrer ici sur le bien fondé de l’ADQ.

    Nous avons depuis longtemps relégué ce parti au statut qu’il mérite.

  5. 5 Alexis St-Gelais
    14 mai 2008 à 16:44

    Je tiens d’ailleurs à faire remarquer, M. Hudon, que j’ai lu le programme politique de l’ADQ aux dernières élections générales, tout comme ceux du PQ et du PLQ. J’ai même réalisé une étude comparative par thème situant les différents partis sur un axe gauche-droite à partir de leurs propositions dans un cours. Et vous, en avez-vous fait autant?


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Note: Les articles d'Alexis St-Gelais ne traduisent pas les positions officielles du PLQ ni celles de ses instances et les déclarations qui y figurent ne traduisent que les opinions personnelles de l'auteur.

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